Carambar

Publié le par Saint Epondyle

     Je m'en vais vous narrer un épisode de pure véracité de ma vie qui, je l'espere, soulevera de vives polémiques et réactions de la part des lecteurs de mes divagations.
Place à la narration : narrons narrons.

Après une grosse journée de travail mardi dernier, commencée à huit heures et finie à cinq par un cours de guitare sanglant ; après être rentré chez moi en bus -seul avec ma guitare de 15kg- non sans avoir aperçu au péalable un raton dans un 11 qui sans le savoir m'ignora de ses lectures, je m'effondrais avec raison dans mon canapé. La vue troublée par le sang qui me montait du coeur, la soyeuse chevelure engluée dans plusieurs decilitres de sueur, la main arrachée par le poids de ma guitare ; le dos en compote par celui de mon sac et de ses clous, mes petites oreilles délicates ravagées par l'intrusion outrancière d'un morceau d'Anaïs dans mon iPod ; je decidais de manger un morceau.
Decision pesée et pondérée croyez moi : la journée était en effet encore loin d'être terminée à cause des révisions du Baccalauréat blanc et de mon retard flagrant, mais jusqu'ici innavoué, dans la création de mon prochain perso de Jeu de rôles que le MD dans sa sagace bienveillance passait son temps à me reclamer.

Tourmenté par ces sombres pensées (auxquelles s'ajoutaient les essais de lettre de motivation et les séances interminables de recherches d'orientation avec la gente parentale, mais aussi la résolution intennable de ne pas se coucher trop tard du fait de l'heure des cours demain, l'administration de mon site, nourrir le poisson, faire de l'ordre sur mon bureau, comprendre quelque chose aux probas et bien d 'autres choses encore), je finis finalement par m'arracher au canapé et me diriger en claudillant vers le placard à provision : mon seul véritable ami en ce sombre instant.
Soudain, l'ouverture de ce dernier fit ressurgir en moi des ombres, des souvenirs, des pensées qui deuis longtemps -trop longtemps- avaient été enfouies au plus profond de mon être. En effet, et sans que je ne l'eut ni remarqué, ni que j'ai interagi avec lui de quelque manière que ce fut ; se dressant au fond du placard d'un air de défit, un paquet de carambars s'offrit à mes yeux endormis qui crurent tout d'abord à une supercherie de dame fatigue.
Il n'en était rien.
Ainsi, sortis-je l'une de ces aimables friandises du paquet, tout en retraçant mentalement la durée antédiluvienne qui me séparait de la dernière fois qu'il m'avait été donné d'en croiser une semblable. Si longtemps...
Comprennez bien que le concept de Carambar était parfaitement oublié de mes pensées superficielles et que sans ce choc violent mais necessaire il n'aurait probablement jamais refait surface.
C'est alors que, contemplant l'emballage longiforme de cette improbable nourriture, j'y lu avec stupeur et ravissement la mention suivante :

Blagues tordantes !

Ces deux mots fabuleux m'ouvrirent donc aussitot la perspective de me tordre de rire face à une plaisanterie drôle, intelligente, pensée et originale. Quand je remarquais que lesdits mots étaient étayés d'un point d'exclamation, je ne puis que m'empresser d'ouvrir le papier de la friandise avec autant d'attention et de prudence (car un faux geste aurait pu entrainer de terribles conséquences sur la blague tordante qu'il me tardait de découvrir) que de hâte et d'impatience.
L'opération délicate effectuée, je déposais sur le rebord du plan de travail de la cuisine familialle le bonbon dont la magnifique couleur orangée laissait supputer qu'il ne devait pas avoir ne serais ce qu'un atome de commun avec une vraie orange dont la firme multinationalle qui l'avait produit prétendait qu'elle en était une part de la composition, et me livrait avec une délectation anticipée à la lecture de la blague dont l'excellence devait être telle que la firme évoquée ci dessus avait cru bon de preciser sur l'emballage que le consommateur ravi serait tordu de rire à la lecture de cette dernière.

Devant mon regard réclamant l'excellence, s'étendaient les caractères suivants :

QUESTION
Pourquoi certains pets sentent ils mauvais ?

REPONSE
Parce qu'il n'ont pas pris de douche avant de sortir des fesses !


N'assimilant le drame qui se jouait devant moi qu'après quelques secondes de mort cerebrale ; je finis pas réaliser l'ampleur du desastre. Je ne puis que pleurer devant la médiocrité affligeante des rédacteurs de chez carambar.ltd, lachant le papier je chancelais soudain vers l'assise la plus proche ; encore une fois mon souffle traitre me jouait des tours mais pour la première fois à l'arret.
En même temps que je ressassais en moi cette terrible chose que j'avais lue sur le morceau d'emballage, mille questions m'arrivaient sans que je puisse ni comprendre leur sens ni y répondre :
- Quel est le sens de la vie ?
- Combien est payé le type qui à écrit ça ?
- Suis-je ?
- Si oui qui ?
- Vais-je ?
- Si oui où ?
- L'insconscient est il une hyposthèse ?
- Qu'est ce que s'exprimer ?
- Qui peut me dire "tu dois" ?
- Le voyage de Bougainville necessitait il reelement un supplement ?
- Qu'est ce que tolerer ?
- L'homme est il ?
- Si oui pourquoi ?
- La politique est elle une science ou un art ?
- Qui qui qui sont les snorkis ?
- Pourquoi tant de questions restent elles sans réponse ?
...
Toujours, la misérable friandise me regardait depuis le plan de travail, on pouvait deviner le contentement et le ravissement sur sa masse inerte et longiforme. Par vengeance plus que par réelle envie, je mangeais ladite fiandise, sans toutefois que cet acte de destruction n'eut sur moi un quelconque effet salvateur : le mal était fait.
Une chose seule demeurait sûre et gravée dans le marbre de l'eternite comme les dix commandements sur les tables de la lois :
Rien, ne serais plus jamais comme avant.

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