[BG 1/2] Ethil Galnador

Publié le par Saint Epondyle

Ethil Galnador : Background  [PARTIE I] 

Je vais vous conter une histoire ; l’histoire terrible d’une vie ruinée, d’un héritage souillé et d’un amour brisé. Il ne s’agit pas d’une histoire facile à conter ni d’une histoire plaisante à entendre ; Mais comme vous m’avez demandé de la raconter, je le ferai, mais pas plus d’une fois. Cette histoire est assez longue, et elle m’est pénible au souvenir ; aussi vous demanderais-je de ne pas m’interrompre.

Ecoutez donc mon histoire, humain, reprenez de cet excellent vin et ouvrez vos oreilles à la folie de ce monde.

 

Cette histoire débute il y a un certain temps, non loin de la merveilleuse citée de Landinel ; si je ne puis pas vous dire la date exacte, c’est parce que je l’ignore : dans une vie immortelle les durées sont assez confuses. Je pense que cela doit faire à peu près cent dix ans. Peut être un peu plus, mais probablement un peu moins. Cela peu vous paraître fort long mais cet âge correspond au début de l’âge mûr dans le peuple elfe, où se déroule le début de mon histoire.

A cette période, Merilthen Fenthilnaë « Ailes de myrrhe » était un fort noble et respecté seigneur elfe qui vivait à Landinel et qui fréquentait le roi de près. Merilthen Fenthilnaë n’avait pas eu d’enfant et c’est en l’an 494 du septième âge du calendrier elfique (je ne sais pas à quoi cela correspond dans votre calendrier humain) que naquît son premier fils : Silgenor. A la naissance de Silgenor, Merilthen avait huit cent et onze ans.

Je ne m’attarderais pas trop sur l’enfance du jeune Silgenor Fenthilnaë, je dirais simplement qu’il la passa de la même manière que tous les fils et filles de nobles elfes, c'est-à-dire dans un palais d’or et d’argent, où rien ne manquait, où l’eau était ivoire et la forêt alentours ambre.

 

Ouvrons ici une parenthèse qui vous sera nécessaire à la compréhension de la suite de mon histoire si vous le voulez bien.

Merilthen, le père de Silgenor était le seigneur commandant les protecteurs ailés de Landinel et ses environs. Car en effet, Merilthen n’était pas elfe, il était avariel. Vous ne savez sans doute pas ce que sont les avariels, il s’agit de la race la plus noble et la plus pure qui ai jamais foulé cette terre ; il s’agit d’elfes dont le dos est paré de magnifiques ailes de plumes blanches comme la colombe ! Les avariels sont fort rares et ne sortent guère de leur demeure ; ils résident tous chez les elfes leurs cousins. Ceci explique la méconnaissance des humains à leur égard.

Ainsi Merilthen était avariel, comme tous ces ancêtres et bien sûr son fils Silgenor.

Je l’étais moi aussi, il y a longtemps…

Peu importe ; Merilthen était donc le commandant des protecteurs ailés de Landinel : une troupe d’élite de l’armée elfe, composée de seuls avariels et chargés de la défense de la ville et des communautés alentours. Cette troupe comptait à son apogée près de 100 avariels, ce qui est extrêmement rare du fait de leur très faible nombre, en Asgård et ailleurs.

D’autre part, il vous faut savoir que la dynastie des Fenthilnaë est depuis toujours marquée par un pouvoir hors du commun. En effet, tous les mâles de cette grande famille possédaient le don de matérialiser à l’avant de leur bras une lame forgée par leur seul esprit ! Apprenant au fur et à mesure qu’ils grandissaient à matérialiser puis à manipuler cette faculté surprenante, les Fenthilnaë furent une grande famille de soldats, entièrement dévoués à la cause des elfes d’Asgård. Comprenez que les aptitudes naturelles des avariels conjuguées à cet héritage hors norme en faisaient de fascinants guerriers !

 

Reprenons le cours de mon histoire, alors que grandissait Silgenor, il ne se doutait pas -dans son jeune âge- des événements terribles qui avaient pourtant cours très près de lui. En effet, la horde des neuf tribus, menées par Ilkor « Jambe de cuir » et Orgrim « Maillet de sentence » s’était réunie aux abords des domaines elfiques et harcelaient les villages elfes et gnomes des environs de leurs attaques. C’était une période troublée, où l’ordre ne régnait pas comme aujourd’hui sur Asgård : des tribus de créatures abjectes parcouraient les forets, pillant et volant sans jamais être inquiété.

Ces « neuf tribus » étaient en réalité la réunion d’une multitude de petites troupes armées sous le commandement de neuf chefs. Lorsque deux de ces chefs s’allièrent pour combattre les sept autre, ceux-ci ne parvinrent pas à trouver d’accord entre eux pour se défendre efficacement et furent finalement tous tués. Les neuf tribus étaient donc à présent dirigées par « Jambe de cuir » et « Maillet de sentence » d’une poigne de fer.

Les attaques de plus en plus pressantes de ces orques, gobelins et ogres sur les domaines elfes laissaient présager de terribles affrontements entre eux et les populations elfes, gnomes et humaines de la région des rivières. En effet cette région fut longtemps convoitée par ces hordes putrides du fait de ses richesses mais également parce que les orques et les gobelins combattent les elfes et les gnomes depuis la nuit des temps ; pour d’obscures prétextes mythologiques dont je ne me souviens plus guère.

La menace des neuf tribus n’était pas encore très présente mais déjà les dirigeants elfes et gnomes préparaient une guerre qu’ils savaient attisée par la haine mutuelle des deux peuples.

 

Durant toute sa jeunesse, et jusqu'à ses soixante et un ans -nous verrons tous à l’heure pourquoi- Silgenor suivit l’enseignement des bardes et des tuteurs que son père avait dépêchés pour lui. Il était fils unique ne l’oublions pas et jouissait donc d’une attention redoublée de son père. Ses tuteurs apprirent à Silgenor tout ce qu’un prince elfe doit savoir, depuis les arts de la musique, du chant, de la danse et de l’épée et de l’arc, jusqu'à la connaissance des lettres, de l’histoire et de la nature, vénérée chez les elfes.

C’est entre ses trente et quarante ans que Silgenor fit la connaissance de la plus délicieuse personne qu’il m’ait été donné de rencontrer. Il s’agissait de la fille du seigneur Lindunel Duristael : Sarielle.

Sarielle était, et est toujours, la plus intelligente, la plus attentionnée et la plus belle des elfes.

Sarielle était une personne adorable, sur sa peau blanche comme l’ivoire coulait une longue chevelure blonde héritée de ses ancêtres hauts elfes, qu’elle coiffait de dizaines de petites tresses d’or ; elle avait les yeux d’un vert transcendant, qui laissait percevoir les milles couleurs d’une source d’eau claire. Elle portait généralement de belles robes vertes ou jaunes, qui amplifiaient les couleurs déjà féeriques de son naturel. Sa voix était d’un pur éclat, brillant dans l’air comme l’eut fait une goutte de pur vif argent traversé par le souffle d’un ange ; elle affectionnait particulièrement les chants des elfes d’Eldar, dont les notes s’accordaient en outre fort bien à sa voix. Elle chantait habituellement sur la falaise surplombant la mer, en compagnie de Silgenor.

Silgenor se demanda toute sa vie si Sarielle n’avait pas quelque sang de fée ou d’ange dans sa famille.

C’est dans l’année 549 du septième âge que Sarielle et Silgenor s’unirent sur l’autel de Corellon Larethian, le protecteur des elfes. Ce mariage, censé durer toujours, se fit avec la bénédiction des parents de Silgenor et de ceux de Sarielle. En effet les familles Fenthilnae et Duristael se sont toujours fort bien entendues.

Ces jours restèrent dans la mémoire de Silgenor jusqu'à sa mort, comme les plus merveilleux qu’il ai jamais vécu. Pendant toute la durée du mariage, en compagnie de Sarielle, il chantait et dansait sans cesse, au milieu d’une ville en liesse.

Dans son jeune âge, Silgenor prenait parfois Sarielle -qui était elfe- sur son dos et s’envolait avec elle vers la canopée de la forêt, depuis laquelle ils regardaient la mer durant des heures, à l’abri de toute préoccupation autre que leur amour.

A l’âge de cinquante et huit ans Silgenor eut de Sarielle une fille, qu’ils décidèrent communément d’appeler Silgarielle. Le couple et la fille vécurent trois ans de pur bonheur dans leur demeure magnifique située aux confins de la forêt, ne soupçonnant pas les drames que -dans l’ombre- tissaient les dieux du destin.

 

C’est en l’an 555 du septième âge, soit six ans après son mariage -autant dire rien à l’échelle d’une vie elfe- que Silgenor rejoignit les rangs de la troupe de Landinel. Il prit cette décision de quitter sa femme, sa fille et sa demeure avec gravité mais jugeant que la défense des domaines elfiques était une priorité absolue. Silgenor remit donc à plus tard son idylle et s’engagea dans l’armée, en tant que sergent-archer dans la troupe des rangers de Landinel. En effet, la maîtrise des arts de l’escrime et de l’arc ainsi que ses facultés de combattant héréditaire lui permirent d’accéder directement à un grade de chef de troupe, commandant 12 rangers elfes.

La première année de son engagement fut relativement calme, mis à part quelques embuscades d’orques aux frontières, les domaines elfiques furent plutôt moins troublés qu’auparavant. L’escouade dont Silgenor était le chef était resta postée toute l’année à proximité de Bourg-petit, une petite ville peuplée de gnomes en majorité. Ceci permit à Silgenor d’aller voir sa femme et sa fille plusieurs fois.

 

Cependant, de puissantes forces s’agitaient dans l’ombre, Ilkor « Jambe de cuir » et Orgrim « Maillet de sentence » n’étaient pas restés inactifs durant toute cette période. Leurs hordes avaient reçut d’énormes renforts, leurs forges vomissant sans cesse de nouvelles armes pour équiper les nouveaux venus. Après plusieurs années d’attente, les deux chefs ne purent sans doute pas retenir plus longtemps l’envie d’en découdre de leurs armées putrides, à moins qu’eux même aient été incapables d’attendre plus longtemps…

Toujours est il que ce sont plus de vingt mille orques, gobelins, wargs, ogres et trolls qui déferlèrent sur la région des rivières d’un seul coup !

Les combats furent rapides, les neuf tribus n’ayant jamais tellement eu de stratégie dans leurs assauts. En l’espace de quelques semaines, peut être quelques mois, toute la région fut le théatre de violentes échauffourées jusqu'à devenir dévastée par les combats. Il faut bien que vous compreniez que les orques avaient pour méthode le pillage des régions conquises et leur incendie systématique ; alors on comprend que de nombreux villages gnomes en particulier ne se remirent jamais de cette période.

Après avoir reçu des effectifs supplémentaires, les défenses de Bourg-petit, où étaient les hommes de Silgenor, s’organisèrent du mieux qu’elles purent, barricadant les entrées et les voies d’accès à la ville et organisant au mieux les guerriers disponibles.

Bourg-petit, bien que situé en plein milieu de la région des combats, fut assez épargné par la guerre. Les assauts de gobelins n’y durèrent qu’à peine deux ou trois semaines, contrairement à plusieurs mois dans d’autres régions. Sous le commandement de Silgenor et de Gunir Franchant, un valeureux guerrier gnome qui commandait une escouade de cavaliers de sa race, les défenses tinrent bon. Nous combattîmes cependant très durement, chaque jour et chaque nuit nos soldats devaient repousser un ennemi toujours plus nombreux. Sur les douze rangers partis sous les ordres de Silgenor Fenthilnaë, huit seulement revinrent vivant dans leurs foyer à la fin de la guerre et parmi eux seuls 2 n’eurent pas de séquelles durables, Silgenor fut quand à lui blessé à la gorge et dû se tenir éloigné des combats quelques jours.

Comme c’était à prévoir, et comme ces immondes créatures auraient dû le prévoir si elles avaient été douée d’une once d’intellect, les vaillantes forces elfes et gnomes les vainquirent finalement. Cette victoire était en partie due à l’arrivée providentielle d’un grand nombre de cavaliers asgardiens, venus en renfort depuis les régions humaines du sud : Skaąl et Helsund en particulier. Sans ce secours, j’ignore si les défenses de Bourg-petit auraient pu tenir.

Au bout de quelques jours d’attente anxieuse Silgenor finit par apprendre que partout les neuf tribus abandonnaient les combats et que leur débâcle était générale !

 

Malgré les ravages qu’avaient connus les territoires paisibles gnomes et elfes, la guerre qui durait depuis plus de douze ans venait par cette nouvelle de prendre fin, et les peuples libres en étaient les vainqueurs ! Je me rappelle que les dirigeants de Landinel nous demandèrent de rester à Bourg-petit pendant trois semaines encore, pour protéger la ville conte les éventuels maraudeurs orques et gobelins restants ou contre un éventuel retour des forces ennemies.

Finalement, les forces ennemies ne revinrent jamais et Silgenor fut autorisé à revenir à Landinel avec le restant de sa troupe pour un triomphe dédié à tous les vainqueurs de la guerre.

 

De retour dans les domaines elfiques, Silgenor participa à de nombreuses cérémonies en mémoire des morts de la guerre, beaucoup de festins et banquets en célébration de la victoire et à de nombreux spectacles où les meilleurs bardes du royaume (royaume elfe) rivalisaient de bons mots pour conter les exploits héroïques des troupes Eldars au combat.

Cependant, l’esprit de Silgenor était bien ailleurs. Dès qu’il eut retrouvé sa femme, Silgenor s’éclipsa des festivités et tous deux se promenèrent longuement dans la foret magnifique sur laquelle ne pesait plus aucune menace ; Sarielle lui contait les progrès de leur fille et Silgenor lui narrait les batailles auxquelles il avait participer, en minimisant les risques pour ne pas l’effrayer.

Les deux époux étaient bienheureux de se revoir et leur promenade dura jusqu'au matin.

Pardon ? J’avais dit que je ne souhaitais pas être interrompu ! Qu’y a-t-il ?

Ah, vous me demandez comment je connais tant de choses et comment je peux être aussi sûr des sentiments de Silgenor Fenthilnaë ? Et bien voyez vous…

Non, ça serait trop compliqué à expliquer comme ça, et vous pourriez mal me comprendre ; laissez moi à ma narration, je vous avais prévenu que c’était une histoire longue.

 

Où en étais-je ? Ah, oui…

Le couple pus enfin goûter à un repos bien mérité, en sa superbe demeure elfique. Silgenor pus tout à son aise constater les progrès de sa fille notamment au chant : elle avait hérité de la voix de sa mère…

Le lendemain du retour de Silgenor chez lui, un envoyé vint le trouver, et lui annonça que les exploits de guerre auxquels il avait participé lui vaudraient de devenir commandant dans l’armée de Landinel. Avec ce grade, il se rapprochait de son père qui était général. Son père d’ailleurs, était resté sur les zones des combats pour les sécuriser et traquer les dirigeants des neuf tribus.

Alors que tout semblait aller au mieux pour Silgenor, les divinités du destin tissaient pour lui un avenir dramatique.

 

Au soir du troisième jour, alors que Silgenor contemplait la canopée depuis un balcon de sa demeure en compagnie de Sarielle, imaginant pour eux et leur fille un radieux avenir, un héraut se fit annoncer, porteur de mauvaises nouvelles.

Le héraut qui venait de se faire annoncer n’était autre qu’ Ethilnae Disteriel ; un avariel qui faisait partie de la troupe de Silgenor et qui avait combattu à ses côtés durant la guerre en tant que son Lieutenant direct.

Ethilnae, d’ordinaire rieur et bon compagnon, avait un air perturbé et inquiet, Silgenor qui le savait d’un sang-froid exemplaire s’en inquiéta :

« - Ethilnae mon ami, qu’est ce que cette visite si tardive ? Pourquoi ne t’être pas fait annoncé, nous aurions pu dîner ensemble. Lui demanda Silgenor, tout en appréhendant qu’une chose de grave ne soit arrivée.

- Merci mon capitaine, mais je crains fort que l’heure ne soit plus aux festins.

- Mais qu’y a-t-il ? Parle donc !

- Monseigneur votre père… Commença l’avariel essoufflé.

- Parle ! Répondit Silgenor, sentant une bouffée de chaleur monter en lui.

- Monseigneur, dit Ethilnae en se redressant, l’escadron de votre père est tombé dans une embuscade, la plupart de ses quatre-vingt rangers ont été tués mais lui et quelques autres officiers n’ont pas été retrouvés, on pense qu’ils ont été enlevés !

 

Silgenor mis quelques secondes à assimiler la nouvelle ; puis, sans se déstabiliser, le soldat donna ses ordres :

- Où ?

- Non loin de la rivière Imarielle ; je peux vous y conduire.

- Ethilnae, de combien de temps à tu besoin pour rassembler tous nos hommes valides ?

- Une heure, peut être deux. Répondit l’avariel maintenant au garde à vous.

- C’est trop, est tu seul ?

- Monseigneur, Galnad est avec moi, nous ne demandons que vous servir, dussions nous y perdre la vie.

- Je ferais mon possible pour qu’on n’en arrive pas là. Combien de temps cela prendrait de nous rendre sur les lieux de l’embuscade ?

- Quelques jours à pied, quelques heures en volant si nous ne ménageons pas nos efforts.

- Bon, préparez vous, nous partons dans un quart d’heure. »

Silgenor se dépêcha de ressortir son équipement de bataille, dont il avait espéré n’avoir plus besoin d’utiliser avant longtemps ; alors qu’il harnachait son armure et ses divers équipements, Silgenor reçut la visite de Sarielle sa femme. Il lui expliqua la situation : Silgenor n’avait pas d’autre choix que de voler au secours de son père en danger.

Sarielle comprit qu’il s’agissait d’un cas de force majeure et demanda à Silgenor de revenir vite, ce qu’il lui promit.

 

Equipés pour la guerre de haut en bas, fiers dans la nuit naissante, les trois avariels s’envolèrent comme autant d’anges de la nuit, vers un tragique destin. Jetant un dernier regard vers Sarielle, Silgenor crut apercevoir dans l’obscurité une larme perler sur sa joue, comme si elle devinait au fond d’elle-même que ce regard serait le dernier que son mari porterait jamais sur elle.

Filant dans l’obscurité épaisse, guidé par ses deux soldats, Silgenor pensait à Sarielle et à Silgarielle, cette pensée ne devait plus jamais le quitter jusqu'à sa mort, quelques heures plus tard.

Après six heures de vol extrêmement fatiguant, perturbé par les pensées funestes à propos de sa femme, sa fille et son père, Silgenor Fenthilnaë fit son atterrissage sur le bord de la rivière Imarielle. Là, Ethilnae conduisit à pied son capitaine et Galnad, son second. Ethilnae portait sa longue lance d’argent, sertie d’ambre ainsi qu’une armure légère de mailles elfiques, ses cheveux courts et noirs coiffés comme à son habitude en raie sur la gauche et ses bottes étouffant le bruit de ses pas dans les feuilles mortes de la forêt. Silgenor portait quand a lui sa cotte de mailles de mithryl, ses longs cheveux noirs tenus en arrière par un bandeau enchanté, tenant au bout de son poing sa lame d’esprit, devenue jaune orangée : signe d’attente et d’appréhension, mais aussi de détermination. Galnad, meilleur archer de la troupe, les suivait à mi distance, sans porter aucune armure mais vétu une tenue elfique argentée où brillaient de petites runes bleus. Il tenait en main son arc court habituel qu’il avait nommé Tilnileth, ce qui signifie « terreur de gobelin » en elfique ; en effet de nombreuses flèches tirées par ce petit arc couleur d’ébène et d’or ne l’avaient pas été en vain durant la guerre.

Les trois avariels marchaient furtivement dans la forêt : le bruit de leur pas n’aurait même pas réveillé un ligneux s’il y en avait eu un près d’eux.

Au bout d’un petit temps de marche, Ethilnae fit stopper la petite troupe et s’agenouilla en écartant légèrement des branchages qui empêchaient la vue.

« - C’est ici que l’embuscade à eu lieu : les vents m’ont rapporté la fureur du combat. Voyez ! Les corps de nos vaillants rangers sont encore là : empilés sur un bûcher comme de vulgaires animaux que l’on cuit !

Il n’avait pas tort, d’une pile de corps montaient d’âpres fumées rouges dans la nuit.

- Ceci est bien la confirmation que des orques sont à l’origine de l’attaque, dit Galnad qui s’était approché. Cette pratique fait partie de leurs barbares coutumes de guerre.

- Silence ! Intervint Silgenor, quelqu’un vient. Dispersons nous et tentons de le capturer. L’un de vous parle t il la langue des gobelins ?

- J’ai les rudiments de cette langue déplaisante à l’oreille, répondit Galnad en s’envolant silencieusement. Je vais me percher dans un arbre et couvrir votre action de mes traits. »

Ainsi, Ethilnae et Silgenor se séparent et contournèrent le bosquet chacun d’un côté. Ils virent que la chose qui avait attiré leur ouïe d’elfe était bien un gobelin. Pitoyable et loqueteux, il se tenait devant le bûcher et semblait plus ou moins surveiller les alentours.

Silgenor vit Galnad dans son arbre, mieux caché qu’une ombre invisible et Ethilnae en face de lui, prêt à utiliser sa longue lance. Il donna le signal.

En un instant les deux avariels furent sur le gobelin, l’arraisonnèrent et le bâillonnèrent, puis s’en furent dans les sous-bois pour l’interroger. Toujours perché, Galnad surveillait la clairière.

Une fois à l’abri, Silgenor et Ethilnae débâillonnèrent le gobelin et l’interrogèrent, une lame d’elfe sous la gorge. Les gobelins détestent les elfes et en particulier leurs ouvrages d’art. La lame elfique fut donc d’un secours profitable.

Après une heure et demie de hurlement étouffés, et de débattements les elfes finirent par comprendre quelques mots :

« - Il prétend qu’il était à la guerre aux côtés de Ilkor « Jambe de cuir » et que celui-ci a organisé l’embuscade. Je ne suis pas sûr mais je crois qu’ils veulent sacrifier les prisonniers sur l’autel de Grummsh. Ils sont -d’après lui- en ce moment… Je ne comprends pas… Il semblerait qu’ils soient établis autour du rocher sanglant. Ca doit être une sorte d’autel à leur dieu, il me dit que c’est au nord est. Apparemment ils sont plus d’une bonne centaine. A mon avis ils sont encore plus que ça, ils ont tout de même vaincus nos rangers !

- Tu as raison, est ce qu’il a dit autre chose ? Questionnait Silgenor.

- Rien monseigneur. Il nous couvre d’insultes dont je ne connais pas le sens pour certaines. Soyez sûr qu’elles ne doivent pas être très…

- Silence ! Regarde Ethilnae, Galnad nous fais signe ! »

En effet, Galnad du haut de son arbre faisait de grands gestes, manifestement quelque chose approchait, et le guetteur nous disait de partir vite.

Au moment où les deux avariels comprirent le sens des signes de leur ami, ils entendirent en même temps les pas lourdauds et le souffle puissant d’une grosse créature qui venait dans leur direction.

« Ne restons pas ici. » dit Silgenor dans un murmure en s’élançant dans les fourrés. L’avariel se glissait habilement entre les branches et les plantes de la sylve profonde, toujours en entendant la bête tout près de lui mais sans toutefois parvenir à la localiser.

Soudain ! La créature se releva de toute sa hauteur, brandissant une énorme massue ! Silgenor n’eut que le temps de bondir derrière un arbre massif et d’entendre le fracas sourd d’un poids terrifiant qui s’abattait derrière lui, immédiatement suivi d’un gémissement d’ Ethilnae. Au moment ou l’ogre, car c’est bien d’un ogre terrifiant qu’il s’agissait, au moment ou il s’apprêtait à frapper de nouveau l’avariel à terre ; Galnad -toujours perché dans son arbre, à une dizaine de mètres de là- lui décocha une flèche, qui vint se figer en sifflant dans son jarret malodorant. Croyez moi, Ethilnae l’avait échappé belle car ce second coup lui aurait été sans nul doute fatal. Silgenor choisit ce moment pour sortir de son modeste abri et -dégainant sa lame psychique, redevenue bleue- se jeta à corps perdu contre la bête titanesque. L’ogre fut pris par surprise car il pensait n’avoir à faire qu’a Ethilnae et ni à un archer, ni encore à un redoutable combattant de corps à corps comme Silgenor.

Le combat qui s’ensuivit fut court mais difficile, Galnad tirait ses flèches avec célérité, deux par deux, trois par trois, tandis que Silgenor attaquait les jambes de l’ogre avec sa lame, tout en esquivant au mieux le maillet de celui-ci. Esquivant un nouveau coup de son adversaire, Silgenor pris appui sur une grosse racine et, sautant jusqu'à la tête du monstre, l’atteignit au front avec sa lame psychique. L’ogre, gravement blessé, poussa un hurlement surpuissant, qui résonna dans toute la forêt avoisinante ! Mais cette blessure ne fit pas abandonner l’ogre pour autant ; au contraire ce dernier reprit en main son maillet et entra dans une furie extraordinaire, négligeant complètement sa défense il se mit à fracasser de sa masse tous les arbres alentours. Silgenor aurait voulu prendre Ethilnae pour le mettre à l’abri des coups du monstre ; mais il n’eut que le temps de sauter à l’écart des coups puissants de l’ogre. Celui-ci étant aveuglé par le sang qui coulait de son front sur ses yeux et frappait donc au hasard dans toutes les directions en espérant toucher Silgenor.

Soudain les choses se compliquèrent : des dizaines de petites flèches noires se mirent à tomber alentours, semblables à celle tirées par les gobelins !

Attirés par les cris de l’ogre féroce, des gobelins avaient accourus à son secours.

Silgenor se trouva entouré de presque vingt d’entre eux qui portaient le blason du « Maillet de sentence », peint sur leurs armures de mailles noires !

« Elbereth Nimrodiel ! » Silgenor continua le combat contre les gobelins ; L’ogre, attiré par les bruits du combat s’approchait lentement, paré à attaquer de nouveau.

« Ô Corellon ! Elreth Sinrodiel ! » Un coup à gauche, un coup à droite, le combat était rude et Silgenor fut blessé à plusieurs reprises par les attaques des petits gobelins et de leurs courtes dagues. Soudain, Galnad arriva au dessus d’eux ; décochant un grand nombre de flèches et quelques secondes, il fit s’écarter les gobelins suffisamment pour permettre à Silgenor de déployer ses propres ailes blanches et, d’un coup, celui-ci s’arracha au sol sous les hurlements des sordides créatures qui aussitôt recommencèrent à tirer leurs projectiles !

Les deux avariels prirent encore plus d’altitude, pour leur permettre de rester en vue des gobelins tout en étant hors de leur portée.

« -Chef, vous n’avez rien ? Demanda Galnad inquiet.

-Ca ira Galnad, nous devons vite voler au secours de notre ami : regarde, ils l’emmènent ! »

En effet, les gobelins s’étaient déjà regroupés et avaient chargé le camarade des deux avariels, blessé, sur le dos de l’ogre. Ethilnae était inconscient.

« -Galnad, nous allons les suivre depuis les cieux ; les nuages sont assez épais et la nuit noire pour nous cacher à leur vue. Dès que possible, nous délivrerons notre camarade. »

Galnad et Silgenor suivirent donc ainsi le groupe des gobelins.

Le troupeau s’en retournait vers une sorte de camp, dressé sur le bord d’une rivière d’assez grande taille. De nombreux flambeaux illuminaient la scène et laissaient percevoir aux avariels les très nombreuses ombres des orques et gobelins qui s’y activaient. Le camp était en majorité fait de huttes et de yourtes gobelines, faites de peaux puantes, dressés par des piliers de bois. Quelques ogres allaient ici et là.

« -Je dirais qu’ils doivent être près de deux cent, sans compter ceux qui doivent pulluler dans les tentes. Estima Galnad depuis le ciel noir.

-Evidemment, il est inutile d’espérer tenter un assaut frontal, et même une diversion est quasi impossible : je suppose qu’il ne serait pas possible de se cacher de toute cette vermine courant en tout sens dans les bois. Vois Galnad, ils parquent notre ami dans ce grand enclos, d’autres elfes s’y trouvent déjà dirait on…

-Pensez vous qu’il s’agisse précisément de Monseigneur Fenthilnae votre père que justement nous étions venus secourir ? Demanda Galnad.

-Je l’ignore, mais s’il s’agit de lui il faut s’attendre à ce que nos ennemis le protègent bien. Mis à part ces deux gros monstres à l’entrée de l’enclos et ces tours de guet ici et là, qu’avons-nous à craindre ?

-Deux cent gobelins et orques, sûrement plus. Voyez chef, ils ont des wyvernes et n’hésiteront pas à nous donner la chasse dans les cieux s’ils nous voient.

Galnad n’avait pas tort, une vingtaine de grosses wyvernes étaient parquées dans le camp, sellées pour la guerre et n’attendant que des cavaliers. Ils ne le disaient pas, mais les avariels étaient très inquiet de voir une telle concentration de leurs ennemis ici ; les gobelins prépareraient ils un nouvel assaut ?

[A suivre]

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