[BG 2/2] Ethil Galnador

Publié le par Saint Epondyle

 Ethil Galnador : Background  [PARTIE II]

Combien de camps semblables existaient ? Ni l’un ni l’autre n’eut pu le dire, mais chacun d’eux appréhendait la prochaine phrase qu’il leur faudrait prononcer.

« -Haem, commença Silgenor, il nous faut aller sauver les prisonniers ; Galnad tu as fait preuve jusqu’ici d’une très grande loyauté envers moi et envers notre peuple, je ne voudrais pas te demander tant. Je vais y aller seul.

-Il n’en est pas question chef, j’ai fait la guerre sous vos ordres et mille fois vous m’avez sauvé des griffes de ces puantes engeances. Cette guerre, je la fais encore aujourd’hui et j’essaierais si je le peux, de vous sauver à mon tour. Donnez vos ordres monseigneur Fenthilnaë. Répondit l’avariel et prenant soudain un air solennel.

-Galnad… Merci. C’est moi qui te protégerais.

-Il y en a bien assez pour nous deux Monseigneur, sauf votre respect nous devrions trouver un plan d’action plutôt que de dire de telles banalités…

-Ha ! Tu as raison. Posons nous la bas ; nous pourrons observer les mouvements ennemis. » Répondit Silgenor avec un sourire qui cachait mal sa gratitude.

Les deux avariels descendirent en piquer vers une petite surélévation du terrain qui leur permettait de voir l’enclos. Là, ils élaborèrent un itinéraire qui leur permettrait d’arriver jusqu'à l’enclos sans attirer l’œil des sentinelles. Galnad, prévoyant de nature, avait emporté quelques breuvages magiques, capables de les rendre invisibles.

Non sans appréhension, Silgenor et Galnad se couvrirent chacun de leur cape d’elfe et commencèrent leur approche du camp ennemi, leurs dos voûtés et leurs oreilles attentives aux tumultes du camp. Le gobelin le plus problématique était perché sur une sorte de tourelle et observait les alentours d’un œil torve. Risquant le succès de leur petite opération de sauvetage, Galnad se souleva brusquement et fit chanter Tilnileth dans l’obscurité. La flèche se planta dans la gorge du gobelin qui s’effondra dans sa tour, caché par la rambarde aux yeux de ses semblables. Fin tireur, une flèche suffit et Galnad se recouvrit aussitôt de sa cape. Au même instant, Silgenor entreprit de trottiner vers l’enclos dont l’abord extérieur était maintenant sans surveillance. Les deux ogres titanesques se trouvaient de l’autre côté de l’enclos à une dizaine de mètre de Silgenor et discutaient entre eux dans leur dialecte primitif. Galnad -resté en retrait- observait les mouvements de son chef, l’arc bandé.

Silgenor réussit à se glisser à l’enclos. Celui-ci était de fer ; de gros barreaux plantés à même le sol étaient maintenus par de grosses sangles de cuir qui en faisaient le tour. Cinq ou six avariels y étaient enfermés, inconscients sur un tas de fumier et de paille, ils étaient maintenus au sol par de lourds boulets. Pour s’introduire à l’intérieur, Silgenor aurait du trancher les sangles mais ceci aurait risqué de provoquer la chute des barreaux et d’éveiller l’attention des deux brutes.

Silgenor eut l’idée de créer une petite diversion qui aurait détourné l’attention des geôliers. Cependant, le bruit et les mouvements qui avaient lieu partout alentour nécessitaient que la diversion soit de taille.

C’est alors que par chance -ou non, au vu des événements qui s’ensuivirent- la diversion se produisit d’elle-même. En effet, un incendie se déclara dans le camp ; sans doute provoqué par la chute de l’un des multiples braseros qui y étaient parsemés. Une épaisse fumée rouge s’élevait d’entre les huttes à une douzaine de mètres devant les ogres, ce qui eut pour effet de déclencher un capharnaüm immédiat et le levé des deux ogres, masse à la main, l’œil alerte. Ou du moins aussi alerte que puisse être un œil d’ogre.

Saisissant l’occasion, Silgenor avala d’une gorgée le liquide poisseux que lui avait donné Galnad et disparut aussitôt. Un peu plus loin derrière, ce dernier s’allongea à plat ventre pour se camoufler. La disparition soudaine de son chef et le vacarme régnant dans le camp ne lui laissaient rien présager de bon.

Silgenor, devenu invisible, se faufila dextrement dans le dos des ogres et passa sans difficulté la petite porte de l’enclos. Là, il rejoignit en courant les autres avariels, parmi lesquels il reconnut Ethilnae et Merilthen, son père !

« -Père, Père ! Mon général ! Répondez je vous en conjure ! » Chuchota le jeune avariel à son père inconscient tout en jetant des coups d’oeils inquiets aux deux ogres qui venaient de se rasseoir en continuant leur discussion.

Merilthen ouvrit ses yeux fatigués mais son regard était celui d’un soldat ; fort et déterminé.

« -Silgenor mon fils ? Mais quelle folie t’a conduite ici ? Ne serais tu pas à ta place auprès de ta femme plutôt que dans ce repère de mal et de débauche ? demanda l’avariel plusieurs fois centenaire de sa voix usée.

-Mon père, je suis venu vous sauver. Cependant je crois que nous devrions remettre à plus tard les retrouvailles. Pouvez vous vous battre ? Pouvez vous encore voler ?

-Ma foi, je le crois. Il me tarde de faire tâter à Ilkor-Jambe-cuir et à Orgrim-marteau de ma lame d’esprit ! Répondit le vieil elfe dont le regard flamboya soudain, rendant à son corps et sa voix une assurance nouvelle.

-Comment ? Les chefs des neuf tribus sont ici ?

-Certes !

-Je ne m’étonne plus de la présence de tant de guerriers dans ce cas, il doit s’agir de leur garde rapprochée. Dit pensivement Silgenor. Mon père, nous ne sommes pas assez nombreux ni puissants pour tenter de combattre : Il nous faut fuir à présent et quérir l’aide de forces nouvelles qui renverront toute cette engeance en enfers.

-Silgenor ! Serais tu venu seul pauvre fou ? Toussa Merilthen en se redressant sur le tas de fumier.

-Pas seul, mais pas assez nombreux. Vous et vos hommes devez fuir par voie des airs pendant que moi et les miens essaieront de retarder l’avancée ennemie. Connaissez vous la ville humaine nommée Held ?

-Si fait.

-Nous l’avons survolée en venant, retrouvons nous y au plus tôt. Qu’en dites vous ?

-J’en dit que tu prend beaucoup de risque mon fils, de combien d’hommes dispose tu ?

-Mes troupes sont pour moitié aux abords du camp et pour moitié déjà dedans, ne vous en faites pas. Répondit Silgenor s’en pouvoir s’empêcher de détourner le regard.

-Déjà dedans ? Mon fils tu me surprends, je ne m’étonne plus que tes supérieurs vantent tes mérites de stratège ! S’exclama le général avec une pointe de respect et de fierté dans la voix.

-Haem, nous perdons du temps mon père, je vous en conjure allez vous en et fiez vous à moi !

-Bien mon fils, je t’attendrais à Held. Ne tarde pas. »

Pendant qu’ils parlaient, Ethilnae dont la blessure n’était que superficielle, s’était occupé de réveiller les autres avariels inconscients. Tous à présent écoutaient les paroles des deux officiers sans intervenir.

Après avoir tranché les liens des prisonniers et mis au point les quelques détails d’un plan sommaire, tous les avariels s’apprêtèrent à prendre les airs en même temps. Juste avant le moment fatidique, Ethilnae se glissa auprès de Silgenor :

« -J’imagine que je suis la moitié qui se trouve dans le camp ? Murmura t il.

-Oui Ethilnae, ne me lâche pas maintenant je t’en supplie. Lui répondit son chef.

-Vous pouvez compter sur moi chef. »

D’un seul mouvement, et à la stupeur des ogres et des gobelins, tous les avariels s’arrachèrent à la gravité d’un seul mouvement comme autant de papillons se livrant sans protection à la tempête.

Merilthen fit apparaître d’un geste majestueux une magnifique lame verte, forgée par la seule force de son esprit. Ajoutée à la lame bleue de Silgenor, la prestance des avariels fit reculer les premiers gobelins suffisamment pour permettre l’envol des premiers elfes ailés.

Alors que Ethilnae, son chef et le père de celui ci livraient bataille dans l’enclos contre les deux ogres et une multitude de gobelins, les cors d’alertes résonnaient partout dans le camp, appelants le reste de la horde à prendre les armes.

Merilthen frappait avec véhémence, Ethilnae faisait danser entre ses mains l’épée que venait de lui donner Silgenor alors que ce dernier tranchait dans la masse des gobelins de sa lame spirituelle ! Ce trio de créatures magnifiques dans une telle union d’esprit, de geste et de corps fit rendre l’âme à de nombreux guerriers ennemis, subjuguant les autres.

L’effet de surprise ne devait cependant pas durer longtemps. En effet, parmi les hordes nouvelles qui déferlaient dans le camp, Merilthen reconnut un orque énorme qui chevauchait une grosse wyverne toute hérissée de pointes. L’orque, qui tenait dans la main une gigantesque épée noire de laquelle s’échappaient de grosses flammes, n’était autre qu’Orgrim « Maillet de sentence », le chef suprême des orques des neuf tribus !

« -Ilneth Andurenh ! S’exclama Merilthen dans sa langue natale, Fuyons maintenant où nous sommes perdus ! »

Aussitôt les trois avariels décollèrent gracieusement, toujours en combattants les nombreux gobelins qui s’accrochaient à leurs jambes. Mais alors qu’ils prenaient de l’altitude, l’un des gardiens ogre fit tournoyer sa lourde masse dans les airs et percuta de plein fouet Silgenor qui, déstabilisé, ne pus pas rétablir son vol et fut brutalement propulsé dans un râtelier d’armes gobelines ! Le choc fut terrible et l’avariel se retrouva à terre, enseveli sous des monceaux d’armes répugnantes, tranchantes et pointues dont il ne se dépêtra qu’avec peine et blessures. Déjà, Orgrim hurlait des ordres à ses troupes immondes, qui arrivèrent autour de Silgenor en quelques secondes !

Tel le phénix flamboyant, Galnad atterrit soudain juste devant son chef, et commença le combat seul contre dix gobelins avec sa seule épée ! « Envolez vous chef ! Vite ! »

Sans plus se faire prier, Silgenor s’éleva au dessus du camp en aidant son camarade à distance grâce à sa lame psionnique.

Galnad le rejoint presque aussitôt ; les deux avariels s’en furent rapidement vers Ethilnae qui les attendait au dessus.

La bataille était cependant encore loin d’être gagnée et les trois avariels voyaient déjà s’envoler les wyvernes de toutes part dans le camp ennemi !

Orgrim « Maillet de sentence » volait au devant de la foule des gobelins, brandissant son glaive devant lui.

Les avariels fondirent droit devant eux : il n’était plus nécessaire pour eux de combattre les gobelins si nombreux maintenant que les prisonniers étaient délivrés et s’enfuyaient au loin.

Malheureusement, dans son combat Silgenor s’était fait blesser à l’aile gauche et son vol n’était plus aussi rapide que celui de ces amis. La bête d’Orgrim gagnait du terrain sur eux et ce dernier réussit en quelques instants à arriver sur Silgenor !

Il ne lui suffit que d’un coup de son glaive de feu pour entamer encore un peu plus l’aile de l’avariel, qui n’eut plus d’autre recours que de s’accrocher à la wyvernes pour éviter la chute ! Le poids d’Orgrim conjugué à celui de Silgenor fut trop important pour les forces de la bête, qui se mit à perdre de l’altitude, jusqu'à arriver à la cime des arbres. Galnad et Ethilnae s’aperçurent de la situation de leur chef et voulurent courageusement le secourir ; une courte bataille s’ensuivit qui provoqua la chute générale dans la forêt des trois avariels, d’Orgrim et de sa monture ainsi que de cinq ou six gobelins et de leurs montures respectives.

Malgré une résistance forcenée et désespérée, Galnad, Silgenor et Ethilnae ployèrent vite sous les coups de leurs trop nombreux ennemis. Ils ne furent malheureusement pas tués sur le coup, mais emmenés dans le camp des gobelins, où les attendait de sombres heures…

Jetés à même le sol au milieu des orques et des gobelins, les trois rangers elfes furent rouées de coups par la foule de leurs ennemis, leurs vêtements furent arrachés et chacun fut maintes fois piétiné, sans pouvoir rien faire pour se protéger ou encore moins pour s’enfuir ! Après je ne sais combien de temps de ce lynchage, nous fumes jetés sur un tas de pierres et des orques nous y enchaînèrent. On nous laissa un peu de répit ; mais comme nous étions broyés et que nous souffrions de partout, nous n’échangeâmes pas un mot.

Je voyais au dessus du camp, sur un promontoire de pierre, s’effectuer les préparatifs de notre supplice. Il était évident que nous allions remplacer les prisonniers que nous venions de sauver sur l’autel du sacrifice ; tout comme il était évident que les orques et les gobelins avaient contre nous une rancœur particulière au vu du nombre d’entre eux que nous avions tué.

Silgenor était en trop mauvais état et il était trop difficile de se concentrer pour qu’il pu matérialiser sa lame d’esprit. Le rocher sur lequel il avait été jeté lui rentrait dans le dos douloureusement, les gobelins qui les entouraient conspuaient les trois avariels, moquant leur allure et leur jetant divers projectiles.

 

Après une heure, deux peut être, ou même beaucoup plus, Orgrim « Maillet de sentence » se présenta devant les captifs. Il arborait toujours son armure puante et son glaive pendait à son côté. Un minuscule gobelin au teint grisâtre et aux longs cheveux poisseux était perché sur son épaule, habillé de loques et dont la jambe gauche était remplacée par une prothèse de bois, de métal et de cuir. Il s’agissait d’Ilkor « Jambe de cuir », le second chef des neuf tribus.

Sur l’ordre d’Ilkor, des dizaines de gobelins s’emparèrent des avariels avec leurs salles pattes et les conduisirent en haut du monticule où étaient dressés plusieurs braseros, des lances et un gros autel fait d’une pierre que le sang avait rendu rouge. Là, ils jetèrent les elfes sur l’autel et rejoignirent le restant de l’armée, groupé au bas du monticule, comme pour admirer la performance d’un barde.

Brandissant son glaive vers les cieux, Orgrim hurla ce qui ressemblait à un discours de victoire à la foule animale. Il ne cessait de beugler plus salement qu’un porc sa langue hideuse que Silgenor, que je ne comprenais pas. Pendant ce temps, Ilkor avait mis les trois elfes debout sur l’autel, frappant leurs corps nus avec un fouet clouté devant la foule grouillante.

Le feu… Le sang…

Dans un mouvement désespéré, Galnad déploya ses grandes ailes blanches maculées de sang et tenta de prendre son envol malgré les chaînes qui le maintenait à l’autel. Ilkor le fit rapidement revenir à terre ; il le mit à plat ventre et lui monta sur le dos. En une seconde, il saisi une tenaille plus grosse que lui qui trempait dans les flammes d’un brasero et trancha net l’aile droite de l’avariel impuissant !

AAAAAAAAAAAH !!! 

Je me souviendrais toujours de ce hurlement soudain, qui claqua dans l’air de la nuit comme l’ultime désir de vivre d’un être pur, soumit à la vilenie.

Laissant là le pauvre qui se tordait de douleur dans son sang avec une unique aile dans le dos, Ilkor saisi une loque imbibée d’huile, l’enflamma et la jeta sur le visage d’Ethilnae et le mien ! La douleur était si atroce que nous crûmes mourir milles fois, je n’oublierais jamais cette douleur.

Pendant les longues heures qui suivirent, les sorciers gobelins nous tatouèrent des pieds jusqu'à la tête, car nos cheveux d’elfes avaient brûlés sous les flammes !

Le sang… Le feu… La douleur…

Quand chaque centimètre de notre peau eu été tatoué, les gobelins nous livrèrent de nouveau à leur chef, qui… Haem… Excusez moi…

Hemm, ce souvenir ne m’est pas facile à évoquer, enfin nous perdîmes nous aussi nos ailes dans les minutes qui suivirent. Dans d’atroces souffrances…

Excusez moi…

… [Inspiration profonde]

… Ilkor et ses sorciers commencèrent ensuite à pratiquer sur nous leur magie funèbre, pour offrir nos corps soumis et nos âmes à Grummsh, leur dieu sanglant. Orgrim, qui s’était paré de peintures rituelles, plongea sa main dans les flammes ; quand il la ressortit son gantelet de métal rougeoyait. Je ne sais d’où viennent ces misérables rites, ni pourquoi ils les pratiquent. Orgrim tendit sa grosse main fumante vers moi, et l’appliqua de toute sa surface sur mon visage ! Comme vous pouvez le constater, je garde encore la marque de ces tortures atroces…

Je réussis d’un mouvement de tête salutaire à me libérer de l’étreinte de cette espèce de brute écervelée qui me laissa tomber à terre dans la poussière. Après quelques autres pratiques semblables dont je n’ai plus tellement de souvenirs, j’étais très mal en point, les orques et les gobelins nous hissèrent tous trois sur l’autel et allèrent ensemble se repaître d’un monstrueux festin dans le camp. Six ou sept d’entre eux restèrent pour nous surveiller. Comme si notre état aurait pu nous permettre de fuir !

Je sentais que moi et mes camarades serions exécutés à la fin du festin, j’imaginais même être le dessert de ces misérables créatures…

Finalement, alors que je sentais peu à peu la vie quitter mes membres en même temps que mon sang, la horde revint se poster au bas du promontoire. Allongé sur le ventre sur l’autel, je voyais la foule, ses torches et mille regards perçants et mauvais qui en émanaient vers moi et mes compagnons.

Tous se mirent à chanter, si on peu appeler ça un chant, une sorte de mélopée lugubre, rythmée par de lourdes percussions ; ma vue se troublait peu à peu dans mon sang et ma conscience dans leur requiem.

Le sang, le sang, le sang…

Orgrim « Maillet de sentence » notre bourreau, revint sur le monticule et se percha de toute sa hauteur en haut de l’autel, ses deux jambes de part et d’autre de nos corps inertes. Il saisit Ethilnae de sa grosse main gantée de fer à la gorge ; ma respiration s’accélérait.

Le sang, le sang…

Soulevant mon subordonné au dessus de nous de toute sa hauteur, le bourreau brandit soudain sa longue épée et la passa au travers du pauvre avariel sans que celui-ci n’ai la force de pousser le moindre gémissement ! Son sang chaud retomba en pluie sur nos corps dénudés, je sentais en moi poindre une haine terrible contre cette monstrueuse créature. Justement, Orgrim soulevait à présent le corps de notre camarade à deux mains au dessus de lui et poussa un hurlement profond à ses troupes, qui répondirent en un écho macabre.

Le sang, le sang !

Orgrim se baissa ensuite vers moi, après avoir jeté le corps sans vie de Ethilnae et me saisi tout pareil à la gorge, de son énorme poigne gantée. Plein du sang de celui qui m’avait sauvé la vie plus d’une fois, nu face à cette créature gigantesque commandant à une horde nombreuse, je ne sentis soudain plus que le sang. Le sang, le sang, le sang, LE SANG !

Réunissant ses ultimes forces dans un effort surhumain et parfaitement désespéré, Silgenor Fenthilnae matérialisa soudain sa lame psychique -devenue rouge vif- et en assena un violent coups dans les yeux de son bourreau !

Celui-ci poussa un violent cri de douleur mêlé de stupeur et lâcha du même coup son glaive et son prisonnier.

Profitant de la surprise générale, Silgenor courut de toutes ses dernières forces vers la rivière avant de s’y jeter et de perdre connaissance, probablement suivis des dizaines de gobelins et d’orques qui le pourchassaient sans aucun doute.

Je ne sais se qu’il est advenu de Galnad, le second fervent de Silgenor. Je ne peux qu’imaginer avec horreur le sort que les neuf tribus lui infligèrent.

Je vous avais dit que cette histoire n’était pas plaisante.

 

Silgenor finit par reprendre connaissance, et je puis vous garantir qu’il aurait préféré mourir, dans un lit sommaire, aménagé dans une petite chambre nue. Le chant des oiseaux et le bruit de l’eau lui parvenaient depuis la petite fenêtre de la pièce. Je ne sais combien de temps Silgenor resta là, allongé et somnolant, sentant dans son dos les douloureux moignons de ses ailes défuntes. Il entendait de temps en temps autour de lui des voix étouffées mais ne comprenait pas leur langage ; de plus, il s’en moquait. Silgenor voyait par la fenêtre les jours défiler, sans pouvoir se rappeler s’il furent nombreux ou pas… Peu à peu, l’elfe reprenait des forces ; il redoutait le moment ou il devrait se lever, parler, marcher. Se lever ? Pourquoi faire ? Parler ? Pour dire quoi ? Marcher ? Pour aller ou ?

Au bout de trois mois de cette situation, Silgenor finit par pouvoir parler et se lever. Il ne marchait qu’avec difficulté mais préférait rester dans sa chambre seul quand il le pouvait. Il apprit qu’il avait été découvert coincé dans un moulin à eau à plus de dix sept lieues de l’endroit ou il avait quitté la scène de son exécution, inconscient et en fort mauvais état, par le propriétaire du moulin. Il se trouvait actuellement chez une petite communauté de moines qui vivaient retranchés dans la forêt et vivaient de leur travail et qui l’avaient hébergé depuis sa découverte.

Si Silgenor avait survécu, c’était grâce aux soins de l’herboriste de la communauté. L’elfe aurait préféré n’être pas sauvé mais remercia tout de même les moines de leur sollicitude. Les moines justement, vivaient de méditation à l’abri des autres hommes et ne posaient pas de questions : ils avaient simplement secouru quelqu’un qui en avait besoin. Pour eux la vie avait une valeur très importante et ils se croyaient investit de la mission divine de secourir les malheureux qui frappaient à leur porte. Ainsi, une dizaine de pensionnaires blessés, malades et handicapés vivaient chez les moines pour une durée variable.

Le séjour de Silgenor dura presque cinq ans, durant lesquels ce dernier réfléchit longuement à sa situation et à son avenir. De nombreuses fois il aurait été tenté de se donner la mort mais il jugeait que d’une part s’il avait été sauvé par les divinités du destin, c’est qu’elles avaient tissé pour lui un avenir différent de la mort ; d’autre part, la philosophie des pauvres moines de la forêt lui faisait penser que la vie était la plus belle chose du monde et qu’il fallait la respecter. Silgenor profita de son séjour pour se rendre utile auprès des moines : sa relative force physique lui permettait par exemple d’effectuer les travaux des champs ou les ouvrages de maçonnerie du monastère. Pendant son séjour, il fit la rencontre de ‘Ma Hiselgaard, une vielle humaine de 97 ans (!) qui remplissait la fonction de potagère de la communauté. La volonté de vivre de cette petite grand-mère et son utilité dans la vie du monastère finirent par faire dire à Silgenor que le suicide n’était pas une solution.

Cinq ou six ans passèrent, lors de la dernière année, ‘Ma Hiselgaard mourut de son grand âge. Sur son lit de mort, elle voulu voir Silgenor seul. Là, elle lui prononça ces paroles :

« Je m’en vais, parce que je sais que je manquerait à quelqu’un. Qui ne manque à personne ne meurt pas vraiment. »

Elle mourut quelques jours après, et manqua cruellement au monastère, dont le potager ne fut jamais plus aussi bien tenu.

 

Un jour au matin, Silgenor prit congé des moines et les remercia pour leur accueil et leur hospitalité ; il prit la route du nord avec un arc qu’il s’était fabriqué et ses vêtements de fermier humain. Son allure n’avait plus rien à voir avec celle qu’il arborait jadis : il portait à présent des vêtements de fermier boueux en cuir, ses beaux cheveux noirs ne repoussèrent jamais et la marque de la main d’Orgrim restait parfaitement visible sur son visage, ainsi que les tatouages orques sur son corps. Seuls ses oreilles pointues et la forme plus fine de son visage suggéraient son héritage avariel. Dans son dos, deux énormes cicatrices noires et rouges de sang remplaçaient ses ailes blanches. Sans qu’il ne puisse expliquer pourquoi, sa belle lame d’esprit bleu avait maintenant pris une teinte qui variait du pourpre au noir, sans jamais revenir à sa couleur originelle.

Silgenor durant sa vie au monastère dû apprendre à vivre sans voler, à utiliser une échelle ou à s’assurer pour escalader un toit par exemple. Par habitude de soldat, et pour rééduquer son corps meurtri, Silgenor ne passa pas un jour au monastère sans s’entraîner un minimum dans la forêt à utiliser sa lame.

Au bout de quelques jours de marche, où l’ancien avariel se nourrit des provisions qu’il avait emporté du monastère, il arrivait enfin à sa destination : le rocher sanglant, théâtre d’atrocités.

Silgenor n’y était jamais revenu.

Tout était différent à présent, de l’herbe verte poussait là ou le camp gobelin se dressait jadis, le ciel était bleu et l’air doux. Seul un énorme rocher rouge en haut d’un monticule de terre suggérait que Silgenor ne s’était pas trompé d’endroit. Le cœur serré, Silgenor imaginait se qu’il s’était passé après son départ : peut être son père avait envoyé de nouvelles troupes et une bataille s’était elle produite ici, peut être que les hordes avaient quitté l’endroit rapidement ; il n’eut pas pu le dire. Une chose était certaine, un autre avariel avait rendu l’âme sur le rocher sanglant ce soir là.

A genoux devant le rocher, l’elfe ne pu retenir de lourdes larmes à cet endroit terrible. Malgré ses recherches, il ne retrouva aucun vestige de cet épisode atroce, comme si rien ne s’était passé ! Je ne sais à quoi il s’était attendu, en cinq ans les traces avaient forcement disparues… Seul, le rocher se dressait en haut de la motte, d’un rouge de sang.

Silgenor accompli alors ce qu’il avait décidé pendant sa vie chez les moines, il grava sur le rocher sanglant trois noms :

  • Ethilnae Disteriel

  • Galnad Mistil

  • Silgenor Fenthilnae

Officiellement, Silgenor était mort ici, cinq années plus tôt. Je décidais de prendre mon nom actuel : Ethil Galnador, en hommage à mes compagnons défunts et à leur loyauté.

Abandonnant le rocher sanglant et son passé lourd de crimes tribaux, je prit la route de l’ouest. Je ne comptais pas retourner à Landinel, auprès de mon père, ma femme et ma fille ; je ne compte pas y retourner. Je ne suis plus un avariel, je n’ai jamais été un elfe, je n’ai donc pas ma place dans leur peuple. De plus je ne souhaite pas apporter ma peine et ma tristesse dans le monde féerique des elfes, dans les pensées de Sarielle ou dans la vie de ma fille.

J’espère cependant que quelque part au fond de son cœur, quelqu’un pense encore à moi…  

Cette histoire que vient de vous conter Ethil, jamais il ne la conterait en réalité, du moins jamais avec autant de détails car elle demeure pour lui bien trop pénible et trop dure à évoquer. Sa peine, sa douleur, resteront gravées dans l’éternité comme les noms de ses amis sur le rocher sanglant.

Il n’est jamais retourné chez les siens qui le croient mort depuis longtemps, un jour peut être, l’amour triomphera de la peine et Ethil se rendra t il à Landinel. Pour le moment son unique projet est de démarrer une vie nouvelle, ou il pourra se rendre utile avec les capacités dont il dispose pour secourir ceux qui souffrent et châtier les bourreaux.
Pour le moment, Ethil recherche quelqu’un qui peut être, tiendra à lui.





EPILOGUE
Quelques mois après la fin de cette histoire, Silgenor Fenthilnae, dit Ethil Galnador fut tué au combat dans les trefonds de la terre. Ethil est mort jeune, sans jamais rentrer chez lui, ni jamais retrouver ceux qu'il aimait.
Ses compagnons d'alors lui dressèrent une sépulture de pierres blanches au bord d'un lac afin de sceller dans l'espace et le temps la fin de l'existence de leur ami.

A jamais Ethil vivra dans nos coeurs ; puisse Aman l'accueillir dans son riant domaine et lui faire connaitre une vie meilleure, puisse son âme retrouver un jour celle de ceux qui comptèrent jadis pour lui.

Puisse quelqu'un pleurer à jamais
Ethil Galnador.







 Description physique 


I) Tête :

-Visage : Visage elfique donc plutôt fin

-Yeux : Yeux noirs et fins, des veines peuvent crever si Ethil est tendu, rendant le blanc de ses yeux rouge mais sans conséquence médicale.

-longueur des cheveux : Chauve
-Type de cheveux : -
-Cheveux clairs, foncés : -
-Coiffure générale : -
-Signe particulier : Marque brûlée d’une énorme main cloutée, comme marquée au fer rouge sur la partie droite du visage. Tatouages tribaux partout sur la figure et le crâne. Impossibles à cacher puisque chauve.
-Autre : -
-Votre valeur de Charisme approximativement : Peu. Les gens sont généralement méfiants ou inamicaux par défaut avec Ethil, qui pourtant n’est jamais vulgaire ou méchant.

II) Corps :
-Musculature : Bonne musculature mais moins que certains humains : Ethil à une carrure d’elfe et donc il est plus petit que la moyenne des humains.
-Taille : ~ 163

-Signe particulier : Tatouages partout su le corps, runes gobelines et tatouages tribaux. Deux énormes cicatrices dans le dos. (=ailes)
-Autre : -

III) Habillage :
-Vêtements / armure : Cotte de maille elfique, brodée d’argent. Achetée à un marchant ambulant. Vêtements humains généralement.
-Bijoux : -
-Coiffure particulière : -
-Chapeaux / Casque / rien : Généralement rien, Ethil n’a pas honte d’avoir souffert et ne cache pas ses tatouages ou sa cicatrice.
-Arme / objet visible : Arc, carquois, un peu de matériel…
-Bouclier : -
-Choses, objets, accessoires : -
-Signes particuliers : Tatouage sur la figure, marque de la main
-Autre : C’est déjà beaucoup non ?

Publié dans [JdR] Backgrounds

Commenter cet article