Le magasin de JdR

Publié le par Saint Epondyle

Chaque ville en comporte une au moins, plus ou moins connue, plus ou moins cachée. La boutique de jeux de rôles est souvent une institution pour la communauté des rolistes de la ville et de ses environs, mais également pour tous les rolistes de passage. J’aime visiter la boutique de JdR quand je passe devant bien que j’y achète finalement assez rarement quelque-chose.

Souvent trop petite pour accueillir les monceaux de marchandises présentés, la boutique de JdR vend également des mangas, des comics, tout ce qui existe de figurines « peintes à la main » de 90 cm de hauteur à l’effigie de Luke Skywalker -généralement peu ressemblantes et hors de prix-, de multiples jeux de sociétés inconnus et/ou dérivés de films et jeux vidéos, des posters, des répliques d’épées et de revolver anciens, des cartes Magic, Pokémon, Yu Gi-Oh, les classeurs pour les ranger, des T-shirts de la marque Cultist Wear, des bijoux et objets de décoration gothisants, des dragons en pierre gris foncé, des pendules de médium, des pierres runiques, des petits sacs pour les transporter, des art-books d’Elian Black Mor et d’Olivier Ledroit, des figurines Warhammer et Warhammer 40k, tous les ustensiles pour les peindre et leur fabriquer les décors dans lesquels ils pourront s’entre-étriper à l’infini, les livres de règles associés et l’histoire du jeu, sous la forme de dizaines de romans, des figurines de mangas représentants de charmantes jeunes filles, souvent armées, peu vêtues, dotées d’armes gigantesques autant extravagantes et possédant une couleur de cheveux variant du rose au vert, sans passer par aucune couleur normale, la clique en entier des Chevaliers du Zodiac dans leurs belles armures roses et vertes métallisées, des sacs, trousses, bracelets, bijoux et porte-clefs à l’effigie de personnages de manga et enfin des Dark Vador et des Chtoniens en peluche. Toutefois, au milieu de ces diverses choses demeure toujours le rayon le plus intéressant, celui des JdR et des dés. En effet si on omet la vente sur Internet, il est quasiment impossible de trouver en vente des dés et les livres de règles dont, nous autres rolistes, nous avons besoin et envie pour nous adonner à notre passion, ailleurs que dans une boutique comme celle dont je dresse ici le portrait affectueux.

La boutique de JdR –quand elle ne propose pas des mangas pour 80% de son offre- s’adresse à un public encore plus spécialisé que les boutiques de jeux vidéo. Cette spécialisation fait que le commun des mortels, passant dans la rue pluvieuse et venteuse dans laquelle la boutique sévit  et jetant un œil hagard dans la vitrine encombrée, ne pourrait que se demander comment un pareil commerce peut depuis l’aube des temps durer dans un endroit aussi confidentiel et en vendant d’aussi inattendus articles. La population des clients de la boutique est composée pour une immense majorité des habitués, venus essentiellement pour l’une des facettes du magasin et désirant se porter acquéreur, chiner, ou simplement se tenir au courant des dernières nouveautés. Les gamins venus acheter des cartes succèdent aux nolife sortis en grande pompe de leur tanière pour acheter le dernier volume de « Kaïku-Shonen : Le dernier samurai » ou de « Kibuto Semppu Sama-Sanonten : La ligue des vampires » qui eux même croisent les rolistes en quête du dernier add on des éditions White Wolf ou un set de dés spéciaux pour l’Appel de Cthulhu. Aussi hétéroclite soit elle, cette population est à peu près la même dans toutes les villes. On notera également que nombreuses sont les boutiques qui proposent des tournois ou des parties de différents jeux dans leurs locaux. Dans la petite pièce sombre tout au fond du magasin se situe presque toujours une table et des chaises où les joueurs s’affrontent très régulièrement et, lorsqu’ils le font, égayent la pièce de rires sonores.

Les gérants de la boutique connaissant tous les articles qu’ils proposent pour les avoir quasiment tous essayé. Si leur zèle les pousse à tester le moindre jeu qui leur passe entre les mains les fait jouer jusqu’à des heures indues, il se répercute parfois le lendemain lorsque, sans raison valable, le magasin ouvre folkloriquement une heure et demi après l’heure officielle. Grâce à cet investissement qui ne doit pas leur couter plus que ça, ces gardiens de la culture ludico-underground sont en mesure de conseiller n’importe qui sur n’importe quel jeu, simplement pour répondre à une question d’un de leurs clients.

Chacun de nous possède sa boutique de JdR, les miennes sont situées à Rouen, à Lille, au Havre et voient si ce n’est quotidiennement, au moins de façon hebdomadaire mon spectre errer entre leurs rayonnages surchargés.

Publié dans [Chroniques]

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