Ceux Qui Vocifèrent Dans Les Ténèbres - Débrief de Rammstein à Bercy

Publié le par Saint Epondyle

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7:21
Le réveil sonne. Je mets quelques secondes à réaliser. Aujourd’hui je vais assister au live de l’année à Paris Bercy. Mais avant cela, j’ai cours dans 24 minutes.

La matinée passe relativement vite, malgré un cassage relatif à l’heure tardive de mon réveil. En quatre heures et demie d’économie internationale et de droit fiscal (que nous avons déterminé comme étant la plus évidente manifestation au monde du concept de « ténèbres presque concrètes »), j’ai le temps de réfléchir. Aujourd’hui, mon école organise un « forum audit », événement lors duquel les cabinets d’audit viennent recruter et inonder les futurs jeunes diplômés de leur communication externe sous forme de… stylos et badges promotionnels ! Peu à peu, je réalise que ce soir je bouclerai la boucle en acclamant Ceux Qui Vocifèrent Dans les Ténèbres.

12:45
La supplice est terminé, vient l’heure de la préparation. Rentré chez moi en quatrième vitesse, j’abandonne l’habit de futur jeune requin pour celui d’Adorateur En Noir. Chaîne, T-shirt et sweat à capuche de fan, blouson noir, sac à dos clouté, je suis paré. Je prends donc le chemin de la gare en me faisant la réflexion que si je croisais quelqu’un de ma classe, il aurait peut être du mal à me reconnaitre. Arrivé à la gare de Lille, je  m’embarque avec impatience dans le TGV direct pour Paris. Là bas, je serai logé par mon frère, ce qui tout à la fois m’évitera la peine de reprendre le train à minuit ou de payer un hôtel hors de prix. Je fais vaguement semblant de travailler pendant ma petite heure de train, en pensant à autre chose.

Une fois sur place, je traine dans Paris, visite le quartier des Grands Magasins et la foule qui lui est propre avant la Noëlle, je fais une petite pause dans mon périple pédestre au Starbucks Coffe Saint Lazare, passage obligé depuis ma semaine à Paris de l’année dernière, je bois un chocolat liégeois fort bienvenu dans le froid de la capitale. Vers 18h, je me dirige vers l’appartement qui nous servira pour un soir de point de ralliement.

18:15
Sorti du métro, je jette mes affaires chez mon frère et nous partons légèrement équipés vers le Palais Omnisport Paris Bercy, que nous nommerons POPB.

Arrivés au pied de l’édifice cyclopéen, nous nous massons dans une obscurité presque concrète et sous une bruine malfaisante au cœur de la foule. Globalement les spectateurs sont gothisants sans excès et d’âges variés ; les punks à crête torses-nus et tatoués côtoient les pères de famille et les adolescentes sans histoire apparente. Une fois Banhl, Pix, Raphy et une amie ramassés, nous empruntons la longue, très longue, très très longue file d’attente boueuse et finissons par entrer dans le hall, puis dans la salle. Véritable cathédrale du métal pour un soir, le POPB se remplit de -on ignore combien exactement- milliers de spectateurs. Même en sachant qu’ils étaient là, juste devant la scène, je ne constate pas de look particulièrement sonné, prédominent les t-shirts de fans, les cheveux longs, le noir, et le gobelet de bière à la main. Pas d’agitation anormale. Dressé tel un totem préhumain au dessus de la foule grotesque des adorateurs d’une entité obscure mais -pour le coup- nomable, le titre COMBICHRIST est la seule chose qui nous permet de penser qu’il se passera quelque chose ici ce soir. Et on sait trop combien il se passa quelque chose.

Par peur de l’agitation qui régnera peut-être au plus fort de l’action dans la fosse, nous montons dans les tribunes mais ne trouvons suffisamment de place que très haut tout au fond de Bercy, loin de tout, seuls et dans le noir. Avant toute note, juste au moment ou les lumières quittent la salle, aussitôt remplacées par les cris d’enthousiasme de la foule, nous décidons de descendre dans la fosse, de nous positionner ni trop devant ni trop derrière et de nous en remettre à l’adage qui dit « qu’on verra bien », et tant pis si mil motards nous piétinent.
Nous courons dans les escaliers, redescendons la hauteur que nous gravîmes quelques minutes auparavant et arrivons dans la fosse, au moment de l’entrée en scène du groupe de la première partie.

20:00
A l’instant viennent d’entrer en scène les membres du groupe dont le nom était écrit en lettres blanches depuis notre arrivée. Après un « ARRRRE YOU REEEEEEEEEAAAAADEEYY ? » tonitruant, le chanteur entonne une série de 4-5 morceaux d’électro-métal sympathique sans être transcendant. Je commence à bouger un peu, mais la foule ne régit pas tellement. Finalement, le constat est relativement mitigé lorsque la première partie quitte la salle, avec quelques applaudissements, quelques « bouuh » et une majorité d’absence de réaction. J’ai un peu mal pour eux lorsque les deux batteurs, le claviériste et le chanteur s’en vont, et demeure persuadé que malgré le son de la salle qui n’était pas réglé pour eux, le public venu pour quelqu’un d’autre et la différence de style notable entre les deux groupes, Combichrist peut être un bon groupe à écouter en version album, de temps en temps.

La salle se rallume et nous piétinons encore un petit quart d’heure et, bien que nous restons à notre place dans la fosse, nous sommes doublés par un nombre inchiffrable d’adorateurs en semi transe, bière à la main, qui se massent vers l’avant pour coller au plus près leur indicibles idoles quant celles-ci auront jugées qu’elles pourront être contemplées par des yeux profanes. A l’instar de hideux êtres serviles, quelques personnages claudiquent sur scène et démontent pourtant avec hâte et dextérité le matériel du précédent groupe. Nous commençons à sentir l’impatience poindre au fond de nous, l’inquiétude aussi en voyant les centaines de quarantenaires tatoués et chevelus, tous plus grands et costauds que moi -ce qui certes n’est pas dur mais tout de même- qui nous doublent, nous suivent et par conséquent, nous encerclent. Si pogo il est amené à y avoir, j’envisage un repli tactique vers l’escalier à ma gauche. En ajoutant la lutte incessante pour ne pas avoir de goth sensiblement plus grand que moi juste devant qui m’empêcherai de voir quoi que ce fut, je ne vois pas passer le temps. Quand enfin les lumières s’éteignent une seconde fois, nous n’y tenons guère plus.

20:30 environ
Le show promis est au rendez-vous dès le début. Nous faisons face à un mur noir au travers duquel rien ne filtre, nous appelons désespérément, en foule, espérant être entendus de nos effigies idolâtres semihumaines ou recevoir d’elles un quelconque signe qui nous prouverait que par elles nous existons. Quand soudain…
Soudain, un rai de lumière blanche incandescent rompt le mur noir et les ténèbres dans les hurlements enthousiastes de la foule, ce sont en fait les guitaristes qui ouvrent à grand coup de pioche la paroi qui les séparent de nous, cette masse adoratrice et sans autre volonté que celle de les adorer, volonté qui d’ailleurs nous poussât en ces lieux. Une fois les deux failles à taille humaines creusées, les deux silhouettes indistinctes se tiennent à contre jour comme autant d’apparitions irréelles et troquent les pioches pour des guitares, instrument dont ils ne font pas un usage si différent. A centre du mur apparait maintenant la flamme d’un fer à souder, qui découpe à son tour une grande porte, en quelques secondes. Porte creusée, Till fait son entrée, est adulé quelques instants et les lumières s’éteignent, plongeant 15 000 personnes dans l’obscurité.

S’ensuit la première salve, avec Rammlied en introduction, le groupe privilégie évidemment son dernier album : Liebe Ist Für Alle Da (l’Amour Est Pour Tout le Monde) et nous en sert un grand nombre de morceaux. Ne les connaissant pas autant que les plus anciennes, je me laisse largement prendre au jeu et m’immerge dans la foule qui, finalement, se tient parfaitement bien dans un enthousiaste réel sans être violent.
Au long de la soirée, cet enthousiasme n’a fait qu’augmenter en même temps que la chaleur. Les premiers lance-flammes nous font hurler, sauter, agiter les bras et, très rapidement, enlever une épaisseur. Peu à peu, nous décidons de nous rapprocher de la scène pour mieux voir ce qui s’y passe, aux morceaux nouveaux s’ajoutent quelques grands et quelques très grands classiques ; l’inévitable Feuer Frei, mais également Links 234, Keine Lust, Ich Will, Sonne…

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Nous sautons, headbangons, agitons les cornes de Shub-Niggurath au dessus de la foule et hurlons comme jamais nous n’avons hurlé, et comme nous n’hurlerons peut être jamais plus. Je perds plusieurs litres de sueur dans la soirée et même en t-shirt j’ai l’impression qu’il fait 40° dans la salle, ce qui est peut être le cas. Côté show, nous avons droit à tout : feux d’artifice, lance-flammes manuels et buccaux et radeau pneumatique jeté sur la foule en délire avec à son bord le brave Flake -claviériste de son état. Le meilleur toutefois nous attendait pour la fin.
Au plus fort de l’action, après un excellent rappel bien que trop court, nos idoles disparaissent pour la seconde fois. Ne voulant y croire, nous crions notre désespoir à la scène vide et plongée dans la fumée et l’ombre. Les lumières toujours éteintes, nous savons qu’il ne s’agit que d’un simulacre et que les allemands ne peuvent que revenir. Après plusieurs minutes durant lesquels les moins croyants refluèrent vers la sortie, nous voyons enfin notre aveugle dévotion récompensée par l’apparition de Till, en ange aux ailes de métal. La métaphore est habile et le groupe, toujours très en forme après plus de deux heures de concert endiablé, entonne une chanson vieille comme lui-même : Engel.

Les ailes de métal s’enflamment, puis crachent du feu en grandes gerbes qui terminent de nous tuer physiquement mais sans moins nous ravir. Le concert se termine et une version instrumentale d’Ohne Dich (Sans Toi) se fait entendre lorsque les lumières se rallument une dernière fois sur la foule en délire. Mais les supplications des cultistes devaient cette fois rester sans réponse. Seul regret, que le groupe n’ai pas joué en direct ce dernier morceau qui s’y prêtait fort bien et demeure l’un des meilleurs qu’ils aient écrits.

Le lendemain
A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai recouvré mon audition en totalité et mon mal de tête s’est quasiment résorbé. Je finirai par réussir à parler comme avant et à ne plus avoir mal aux jambes, aux bras, à la nuque. Car comme le dit le vieux : « Les racines finiront pas guérir, tout comme le reste du monde. » Je suis brisé, fatigué, aphone et heureux.



Pour résumer cette interminable tirade, on pourrait fort bien employer la phrase suivante qui, tout en omettant de nombreux détails et considérations non primordiales à la compréhension de l’ensemble dire : « Je suis allé voir Rammstein en live hier, et c’était formidable. »

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Dunkel 20/02/2010 22:21


Héhé, en effet je me considère comme largement au dessus du simple rang de "fan", je suis à Rammstein ce que les Profonds sont à Cthulhu et Dagon (wah c'te métaphore x) ).
Enfin voilà, Rammstein's addict. ^^


Saint Epondyle 21/02/2010 13:19



Oui, c'est bien l'impression que tu donnes. ^^



Dunkel 20/02/2010 15:24


Exact, le matin (je suis allé les voir à Nantes, et j'aurais dû arriver à 6h30 si ces empafés de la sncf n'avaient pas fait des leurs... N'empêche on était déjà 50 °°)


Saint Epondyle 20/02/2010 22:10


Ca fait montre d'une motivation sans borne. SI j'avais du attendre toute la journée devant la salle, je pense que j'aurai préféré ne pas y aller du tout. Oui, il est possible que je sois
un mécréant... ^^


Dunkel 19/02/2010 23:46


Waoh, t'as réussi à être quasiment au premier rang en arrivant vers 18h ? GG, moi j'ai dû sécher une journée de cours pour arriver à 8h30 sur place o/


Saint Epondyle 20/02/2010 14:40


8h30 ? Tu veux dire le MATIN ? oO


Dunkel 19/02/2010 23:41


Aah, le concert du rouleau compresseur allemand était si... Incroyable... Si époustouflant... Si... SI RAMMSTEIN QUOI !


Saint Epondyle 20/02/2010 14:41



^^
Effectivement, je n'ai pas grand chose à ajouter.