Etre ou ne pas être un geek (3)

Publié le par Saint Epondyle

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Le verbe ayant beau ne pas exister, je vous propose néanmoins de sociologier comptoirement à nouveau sur le sujet passionnant et riche que constitue le groupe humain mis à la mode contre son gré que constituent les membres de la sous-culture geek. Afin de bien parler de la même chose, et de prolonger efficacement notre précédente réflexion, il semble de bon ton de résumer l’épisode précédent.

Dans mon précédent article, premier de la série, je définissais la sous-culture geek selon une appréciation personnelle, analysant le profil-type du geek comme celui du passionné par un sujet particulier, relativement marginal du fait de sa technicité élevée, c’est le cas par exemple de l’astrophysique, de son côté « out », de son côté indéniablement désuet, ringard, c’est le cas des Pokémons ou de Stargate par exemple ou du petit nombre de ses participants (et accessoirement de son image détestable), comme par exemple le JdR. Néanmoins, je distinguais le vrai geek du fan de base ou du no-life par le fait que le geek avait la faculté rare de pousser très loin sa passion (son addiction ?) sans pour autant se couper du monde qui l’entourait, tout en s’activant comme un forcené dans toutes les communautés existantes à propos de ladite passion. Ainsi selon la présente définition, le geek est un passionné sociable, un brin marginal dans l’objet de sa passion mais surtout incompris à cause de celui-ci, et relativement prosélyte.

Ce prosélytisme relatif sera le point de départ de ma réflexion d’aujourd’hui, ou je souhaite par la dissection de cas particuliers apporter un supplément d’analyse sur des profils comportementaux donnés. N’ayant réalisé aucune étude globale sérieuse mais divaguant simplement à partir de cas observés, je ne prétends nullement détenir une vérité absolue, mais plutôt épandre un avis subjectif comme toujours. Assez de justification, d’introduction et de virage à 360° autour du pot, abordons dès à présent notre sujet.

L’autre jour, alors que je me trouvais chez Merry après y avoir été invité en bonne et due forme, car un vampire n’entre jamais dans la demeure d’autrui sans y avoir été expressément invité, je fis la découverte stupéfiante autant que bénigne du Grégou. Celui-ci, entre autres discussions, affirma par deux fois ne pas être un geek, contrairement à sa mie précédemment citée qui, je cite « vas sur des forums, [et s’y] inscrit avec un mot de passe. (!) » Je dois dire que cette accusation, bien qu’assez peu grave, me surpris de la part du Grégou pour deux raisons : Premièrement, cela signifie que ledit Grégou n’avait pas lu l’excellente parcelle de raison pure que j’avais posté sur le présent blog-jdr il y avait de cela des semaines ; et surtout, beaucoup plus grave, l’individu accusant autrui d’être un geek s’excluait évidemment de la catégorie en question, jugée par lui négativement. Cette exclusion de la sous-culture à laquelle le Grégou est pourtant largement enchainé est à mon avis un affront au bon sens.

Afin d’être compris par tous, resituons le personnage. (Et si d’aventure le Grégou passait par ici, je serais curieux de voir sa réaction, a bon entendeur.) Le Grégou donc, est premier de sa seconde année de classe préparatoire Physique-Chimie, rôliste de premier ordre, relativement misanthrope, très maladroit, et totalement dévoué à son sujet d’étude. Alors que l’Alexander est capable de tenir seul un monologue de vingt minutes sur une obscure date historique que seul lui à en tête - ainsi d’ailleurs que l’ensemble des protagonistes de l’anecdote relatée – Grégou est susceptible de poser des questions très embarrassantes à son prochain à tout moment du jour ou de la nuit comme par exemple « C’est quoi la Lumière ? » ou encore « Tu savais qu’un laser peut en théorie faire sept-cent fois le tour de l’univers avant de revenir à 1 543x102511324 m/seconde de là ou il à coupé pour la première fois son plan de départ ? »

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Ainsi donc, en suivant ma première définition, le Grégou serait donc bien un geek de première classe, qualificatif qui, venant de moi ne saurait être le moins du monde péjoratif.
Or donc, nous voici donc au cœur du problème du prosélytisme. Le Grégou – Et l’Alexander également – sont relativement prosélytes quand à leur sujet de geekisme, quitte parfois à faire passer leur interlocuteur, voir tous les interlocuteurs, pour des incultes (« 1066 ? Hastings ! »). De ce fait, on pourrait avoir tendance à comprendre assez vite le sujet de leur passion en les côtoyant un minimum.

En prenant mon cas propre, qui une fois de plus ne peut relever que de l’anecdote individuelle, une différence flagrante me vient à l’esprit. Si bien sûr je puis faire preuve d’une loquacité confinant à la tare au sujet de mon centre de geekisme avec mes victimes habituelles, je puis également être un monstre de silence et un monument d’évitement du sujet lorsque je suis en situation de confrontation avec un profane auquel je ne souhaite pas divulguer ma passion, généralement de crainte de partir dans des explications interminables, étant quelqu’un qui aime prendre son temps pour introduire, développer et conclure un sujet.
Aussi confluerais-je sur l’idée que la réflexion du Grégou me fit jaillir à l’esprit : Il est possible que le prosélytisme d’un Geek soit fonction à la fois de son déni de justement sa qualité de Geek et du niveau d’acceptation par la société de son domaine de geekisme. Ainsi, on évitera de parler JdR aux profanes pour éviter de se perdre en malentendus (quitte à être catalogué par défaut comme un « gamer ») car le sujet est totalement inconnu et mal vu par ceux qui en ignorent les véritables modalités, mais on pourra sans problème parler d’Histoire, de Physique quantique, à un niveau tel qu’on sera vu comme un connaisseur, éventuellement soulant ; voir même de StarWars ou de Stargate à un public extrêmement mal choisi et à un niveau tel qu’on passera instantanément pour un demeuré.

Afin de conclure sur une note illustratrice, je ne citerai que le dernier exemple de mon ami Lando, passionné comme son pseudo l’indique, par StarWars et l’univers étendu, capable de citer La Guerre des Etoiles dans une dissertation de bac de français.
« Bien entendu, toujours dans l’exagération » se dira le lecteur excédé par mon style d’écriture un peu lourd et pompeux, à la lecture de mon bref portrait de Lando et de son fait d’arme sans équivalent ; néanmoins je ne peux par avance que répondre : « Détrompe-toi cher lecteur excédé : Il l’a vraiment fait. »

Publié dans [Culture Geek]

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Merry 27/02/2010 14:53


Je tiens aussi à préciser que quand je dis ne pas considérer comme une geek informatique ce n'est pas parce que je trouve cela pejoratif mais uniquement que je ne pense sincèrement pas faire partie
de cette "catégorie" de personnes et que comparer mes compétences informatiques aux leurs serait une insulte pour ces passionnés ! ;)


Saint Epondyle 27/02/2010 14:58


Et d'ailleurs je ne pense pas que quiconque te connais bien ne prétendra ça.

...

Sauf ton copain.

...

Allez comprendre ! 


Merry 26/02/2010 21:55


Je ferais court. Je ne me considère pas comme une geek et surtout pas une geek informatique! Je pense qu'avoir les bases de maintenance d'un ordinateur ainsi que savoir utiliser megaupload ou
encore s'inscrire à des forums avec un pseudonyme et un mot de passe et pour finir tout simplement savoir brancher un ordinateur portable ne fait pas de moi une passionnée ou une génie de
l'informatique... mais bon, j'admets que le Grégou puisse avoir une autre définition de la norme étant lui même (de mon point de vue) hors norme. je citerai pour finir un court dialogue que nous
venons d'avoir:
- L'exemple du laser prit par Epon est vrai ou pas? (demandai-je au Grégou)
- Non, le nombre d'atomes dans l'univers est de l'ordre de 10 puissance 80, alors 10 puissance 15000 est un ordre de grandeur physiquement improbable...


Saint Epondyle 26/02/2010 23:45


Plusieurs remarques :
Premièrement, je rappelle que les commentaires laissés par les visiteurs du site ne sont pas dans mon contrôle, y compris lorsqu'ils évoquent des sites Internet au contenu parfois frauduleux.

Deuxièmement, je crois que l'intervention de Merry va dans mon sens vis à vis de la perception faussée du Grégou concernant Merry comme une geek d'informatique, néanmoins rien ne va à l'encontre du
théorème des sous-ensembles évoqué par le Grégou dans son intervention précédente.
Ensuite, j'adore réellement la discussion rapportée par Merry juste ci-dessus ; preuve est faite par un double témoignage que je ne bluffais pas totalement ! (du moins pas dans le type de discours
tenu)
Et enfin, je suis fort heureux que mon petit écrit suscite tant de réactions qui, puisqu'elles mêmes invitent à poursuivre le débat, ne peuvent être que constructives.

Pour conclure, merci de vos interventions ; et je rappelle simplement que d'une part le terme de "geek" n'est pas péjoratif le moins du monde venant de moi, et que d'autre part je suis largement
susceptible de faire évoluer ma réflexion par rapport aux avis apportés ici.


Gregou 26/02/2010 20:57


J'ajouterais pour ma part que : d'une j'avais bien lu le premier article sur les geek, et que deux j'explique ma considération explicite de merry comme étant geek, et par là-même ma considération
implicite de ma non-geekitude par la chose suivante : comme tu l'as si bien dit, le geek est spécialisé dans un domaine peu commun ( différent du foot, et de l'alcool, mais aussi des clips ), ce
qui le rend marginal. C'est pourquoi, bien que je sois geek moi-même en science, je ne suis pas un geek informatique loin de là. C'est pourquoi lorsque j'observe ma compagne s'atteler à des tâches
incompréhensibles pour moi sur son ordinateur portable, je la trouve marginale par rapport à ma considération de la norme, norme dans laquelle s'incluent facilement tous les scientifiques de ma
classe par exemple, et qui n'est pas du tout la norme sociale qu'ont les autres personnes. On pourrait dire que notre intersection de geekitude est donc vide, nous sommes des geeks disjoints, donc
des geeks l'un pour l'autre (il va sans dire qu'elle me considère comme un geek). C'est pourquoi je puis dire de merry qu'elle est une geek sans m'exclure moi-même de l'espace vectoriel des geeks
en général, car nous sommes tous deux des éléments de sous-espaces vectoriels différents, mais inclus dans l'espace tout entier des geeks.

Enfin, je ne fait qu'approuver Alexander dans le fait que les geeks, quelqu'ils soient, taisent dans un premier temps leur passion, afin d'éviter les sobriquets d'intello ou de gamer.


Saint Epondyle 26/02/2010 23:31



L'analyse me parait pertinente. Merci à vous deux d'apporter votre pierre à l'édifice de la réflexion concernant le sujet. Le subjectivisme demeure une partie de la sociologie, tout de
comptoir soit-elle, bien que le sociologue se prétend justement objectif on ne dira jamais à quel point cette prétention est fausse.



Alexander 26/02/2010 15:37


Mon cher Anton
J'aimerais que nous ayons une bonne conversation a ce sujet car j'ai deux ou trois petites choses a ajouter. De fait, il est possible que nous soyons des Geeks le Grégou et moi même (ne nous
voilons pas la face nous le sommes) Toutefois, si nous sommes prosélytes ce n'est à mon sens pas plus que toi, tu peux être un monument de silence avec le profane mais ne crois tu pas que nous
pouvons l'être aussi? Crois tu qu'etre immédiatement référencé par l'inconnu et la connaissance occasionnelle comme un prêtre de la Physique ou un ponte de l'Histoire soit socialement bien
perçu? Certes, ces deux disciplines sont surement mieux perçues par le plublic profane, car enseignées, que l'obscure et incompris JdR mais pour la même raison nous nous exposons non
seulement à la "Geekattitude" mais aussi au label moins charmant "d'intello" ce qui, dans la bouche de la multitude, n'est un pas compliment. Aussi, je pense pouvoir affirmer pour moi comme pour le
Grégou (je parle sous ton controle Grégou) que nous pouvons, nous aussi être des monuments de silence. De ce fait, j'estime donc que le prosélytisme ne dépend par forcément de la
force que l'on a se défaire de l'éthiquette "Geek".
Enfin, je tiens a informer l'aimable lecteur que le malheureux exemple de la bataille d'Hastings et dû à mon enfance dans une école primaire bien différente de celle des autres membres de
notre table, qui eux, peu ou prou, étaient tous dans la même école, ou on m'a appris dès le CP que la bataille d'Hastings eut lieu en 1066 et je pensais naivement que toutes les
écoles du pays firent comme la mienne et j'ai alors dit que cette date était aussi connue que le célébre 1515 de Marignan. Je me suis attiré lors de ce repas un silence géné et
beaucoup de murmure tel que " Tu sais ce que c'est toi 1066 ? Non..."
Enfin je soutiens ce cher Lando décrié -un tantinet- par Epon car si, certes, citer Star Wars dans sa copie de bac n'étais pas forcément un choix judicieux, étant moi même un grand fan de
l'univers étandue de Star Wars (et le prouve en citant le nom de famille de Lando: Calrissian) je ne peux qu'approuver ce sain penchant.
A bon entendeur...
   


Saint Epondyle 26/02/2010 17:33


Effectivement, l'objection me parait recevable. Loin de moi l'idée de mésestimer votre capacité au silence, néanmoins je crois vous battre par le fait d'avoir caché jusqu'au
plus petit début de JdR pendant 2 ans à toute ma classe, y compris mes amis proches, de l'IUT.

Mais peu importe finalement, merci de ton intervention.