La part du rêve

Publié le par Saint Epondyle

Je suis donc bien en première année d’école de commerce, j’en ai bavé pour arriver là, de rudes concours et tout ça. Bref, j’y suis et pour mon plus grand plaisir, j’étudie la comptabilité, le système bancaire, les statistiques, la finance. Bref, à l’heure ou la question du « pourquoi suis-je ici ? » demeure on ne peut plus d’actualité, je me surprends à étudier mes condisciples avec une attention très soutenue. L’esprit « grande école » est bien là, avec tous les dérapages que l’on imagine et qui pour moi sont devenus une réalité quotidienne.

Comme je n’écris pas pour ne rien dire, et que chacune de mes prises de clavier se fait pour une raison qui se pourrait qualifier le plus souvent de valable, vous imaginerez sans peine que je suis donc arrivé à une conclusion d’ordre – a mon habitude – de la sociologie de comptoir. La susmentionnée conclusion se peut dès lors évoquer comme dans les paragraphes ci après.

Pour commencer, sachez qu’on distingue généralement les « In » et les « Out » dans la vie associativo-estudiantine d’une école, les « In » étant ceux qui par leurs activités et leur simple comportement, incarnent la coolitude propre à forger la réputation en entier des Grandes Ecoles, et tant pis si la moitié de ceux ci empestent l’alcool quand ils arrivent en cours avec leurs vêtements de la soirée open-bar de la veille, qu’ils ne travaillent ni ne possèdent la moindre vie sociale hors de leur école, de leur BDE, de leurs soirées, de leurs soirées et de leurs soirées. Les « Out » ne sont évidemment pas déclarés, tout comme les « In » par ailleurs, il s’agit de catégories informelles mais dans lesquelles il est possible de classer peu ou prou à peu près tout le monde.

Vous l’aurez compris, non seulement je me classe et revendique être totalement « Out », vous aurez également compris que la présente réflexion ne possède pour cible que la totalité de l’autre catégorie.

Bref, le but ici n’est pas d’attaquer gratuitement ces charmantes personnes, ni de leur reprocher quoi que ça soit, préférons donc le seul constat, neutre autant qu’incisif.

Les intérêts de mes condisciples ne sont aucunement tournés vers la finance, le marketing, la comptabilité ou toute autre discipline enseignée en cours ; non, leur seul et unique intérêt est trivial et basique comme aucun autre, c’est l’argent. Oui, certes, il est facile de prétendre ne pas être intéressé par le nerf de la guerre, mais de là à en faire, avec la fête, le seul et unique intérêt dans une vie, il y a un gouffre. Mais là n’est pas encore exactement l’endroit ou je veux arriver.

J’ai noté que l’intérêt premier de mes condisciples était très largement conventionnel, bien que systématiquement poussé à un sordide extrême, autant dans la « fête » que dans toute autre activité basée sur le bruit, le vaste foutoir organisé et collectif, le fait de « trasher » ou de « se faire trasher » par quelqu’un. Là dedans, rien qui ne puisse le moins du monde sortir d’un carcan de la tradition des années précédentes, des concepts déjà tentés et surtout, de la pauvreté intellectuelle navrante qui sous tend de bout en bout l’intégralité des activités du BDE, et toutes celles des autres qui s’articulent autour.

Je crois faire partie de ceux qui sortent un peu de ce schéma si partagé et tellement bien vu qu’il est mal d’en seulement penser autre chose que le plus grand bien, en un point bien précis et néanmoins fondamental, et ceci et toute honnêteté, et sans jugement de valeur aucun, du moins à partir de maintenant. Je m’explique.

Je ne me considère pas vraiment comme un acteur rationnel de l’économie, je ne suis pas fier de voter Sarko –je ne vote d’ailleurs pas Sarko- je ne suis pas fric-motivated, je ne suis pas alcoolique, je ne considère par que vendre des cigarettes, des armes ou des tanks soit justifiable et totalement acceptable parce qu’on gagne de l’argent avec (sinon autant se lancer dès maintenant dans le deal et le proxénétisme) et surtout, surtout… Surtout, je considère qu’un peintre cubiste est autre chose qu’un « bel enfoiré » parce qu’il vend ses tableaux chers, je ne dis pas que les scènes de combat de Kill Bill ne sont pas réalistes, j’aime aller dans des musées, dans des châteaux, ou visiter autre chose que les bars d’une ville que je visite, plus : je ne trouve pas anormal de payer pour ça, d’autre part je en trouve pas que l’art contemporain est du foutage de gueule, je ne met pas en évidence le fait que « je peux faire pareil et le vendre 100 000 €» que Marcel Duchamp, je lis des LIVRES sans y être forcé, j’écoute de la musique qui n’est jamais diffusé en boîte de nuit, je ne regarde pas la télé, je n’aime pas Vin Diesel, je ne trouve pas que David Guetta soit méritant, j’aime ne pas exclure la potentialité de Shub-Niggurath, d’Azathoth, de Nyarlathotep, prendre des photos non figurative, dessiner des lotifs, des choses qui ne représentent rien, je trouverais triste que la science explique tout, j’aime rire, chanter –même faux- et en étant sobre, aller au cinéma pour voir des films de Tarantino, de Jeunet, de Burton, j’aime bien les looks peu communs, je ne suis pas anticommuniste, j’ai des amis avec lesquels j’aime parler, je fais du jeu de rôle et j’en suis fier, j’aime les méta-barons, Requiem Chevalier Vampire, Fullmetal Alchemist et un peu Death Note quand même. Bref, contrairement à ces gens, j’ai l’impression d’avoir un imaginaire. Et permettez-moi de vous dire que bonne ou non, cette caractéristique est loin d’être partagée par tout le monde.

Et là ou il n’y a aucune imagination, peut-il seulement y avoir du rêve ?

Publié dans [Chroniques]

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Jenny 30/11/2009 21:28


Selon mon point de vue de glandeuse gribouilleuse, il y a du rêve quand il n'y a pas d'imagination : celui des autres...


Saint Epondyle 30/11/2009 21:42



Voudrais-tu suggérer que les oeuvres diverses, je pense dans ton cas à la littérature et au cinéma, permettent d'échapper à un vide confinant à la peur de la page blanche ?



Alexander 28/11/2009 18:38


Mon cher Anton, étant moi même dans une institution semblable a la tienne mais en des lattitudes plus proches de notre equateur je ne peux que vouloir répondre.
Certes, il est vrai qu'il y a les "IN" et les "OUT", mais tu caricatures, bien sur parmi les "IN" il évidement une moitié qui ne travaillent pas, ne sont motivés que par l'argent et dont les
vétements sentent encore l'alcool de la fête de la veille. MAIS et c'est dans ce mais que réside ma différence avec toi. Il y a parmis ceux ci des gens qui cela peut t'étonner se révéler fort
charmants. Ils ont des moeurs différentes de nous, d'ailleurs pas tant que cela dans mon cas, mais je crains que tu n'ais échoué dans ta tentative d'objectivité en assimilant une majorité de
personnes qui certes ont des moeursn, parfois (tout est dans ce parfois) affligeante a une minorité que je considère comme perdue et inintéréssante que tu as si bien décrit. Mais même dans ceux la
tous ne sont pas perdus. Je pense que la ligne entre IN et OUT n'est pas si ferme et que même a l'intérieur des deux il y a un large spectre. Ceux-ci étant dit pour la minorité tu as amplement
raison.
Enfin je ne peux que approuvé tes choix sauf évidement quand tu dis que l'art comtemporain n'est pas du foutage de gueule (du moins sa grande majorité), que ce serait triste si la science
expliquait tout (mais la c'est mon éducation qui parle) et quand tu n'es pas anticommuniste, mais tout le monde c'est que je suis anticommuniste autant qu'antiaméricain et tout ceci de manière
primaire alors...
Voila pour ce long, long commentaire j'espère avoir assez bien traduit ta pensé et y trouvé une réponse, certes, différentes mais que j'estime pertinente.


Saint Epondyle 28/11/2009 19:04


Pertinente certainement, mais pas objective non plus.
Pour tout dire, je ne m'étonne pas du tout de cette réaction puisque tu as toujours été plus "In" que moi au niveau de la vie sociale et estudiantine en général (ne va pas croire pour autant que je
t'applique l'énumération ci dessus pour autant).

En ce qui concerne la science, je ne prétend pas comme l'Église de Scientologie que la psychiatrie est inventée, ni que l'homme n'a jamais marché sur la lune, je veux simplement me plaire
à rêver que dans trente, cinquante ou cent ans, nous pourrons toujours perdre la raison en croisant le regard d'un des milles yeux d'une Chose sans nom issue d'une dimension inconcevable par
l'esprit humain. Le seul fait de regarder les chiffres et les ordres de grandeurs a propos des études sur l'espace (quelle est la limite du réceptacle de notre système solaire ?) me
réconforte dans cette petite idée. Mais il ne s'agit que de rêve n'est-ce-pas ?